samedi, juillet 18, 2026

L’affaire Jubillar : l'astrologie face au féminicide

L'an dernier, au moment du procès de Cédric Jubillar, condamné en l'absence de preuves concrètes — le corps de son épouse n'ayant pas été retrouvé —, j'avais cherché à y voir clair, d'autant que la conclusion d'un expert-psychiatre, qui parlait d'une personnalité égocentrique, immature et encline aux addictions, n'allait pas très loin. Etait-il capable de tuer, avec préméditation qui plus est ? Tuer n'est pas un acte anodin — je ne crois pas que chacun en soit capable, sauf dans des cas extrêmes, comme celui d'une mère protégeant son enfant par exemple. J'avais donc étudié trois thèmes : celui de Cédric Jubillar, celui de son épouse Delphine Aussaguel et celui du moment présumé du meurtre.

Cédric Jubillar : le masque vénusien

Cédric Jubillar
Le 14 septembre 1987
08h10 (HL) Béziers France
Vénus conjointe à l'ascendant Vierge pourrait d'emblée nous induire en erreur : maîtresse de l'essentiel de la première maison, elle laisse penser à un comportement (l'ascendant) plutôt aimable, avec un goût de plaire prononcé (1). 

Cependant, étudié de plus près, cet ascendant s'avère être au parallèle de déclinaison de Pluton et des nœuds lunaires, alors que Ketu, le nœud sud, lui est conjoint. 

Ketu nécessite une orientation spirituelle, sous peine de se traduire en craintes inexplicables et en compulsions difficiles à maîtriser. Associé à Pluton, le comportement montre ici un autre visage dont les mots-clefs sont pouvoir, domination, obscurité et obsession. Quant au descendant — le lieu de l'épouse — conjoint à Rahu, le nœud nord, il évoque l'insatisfaction, l'avidité et l'attachement. À noter que les nœuds lunaires interviennent régulièrement dans le cadre d'évènements concrets bouleversant la destinée. Mercure de son côté, le maître de l'ascendant, est également conjoint à Ketu, fermant la boucle de la possible compulsion.

C'est bien sûr insuffisant : un féminicide nécessite l'intervention de Mars (l'action violente), qui est ici à l'apex d'un redoutable carré en T. Conjoint au Soleil en XII (révolte mal assimilée contre le père et les autorités), son carré à la Lune indique des violences vécues pendant l'enfance (Lune) et la capacité de les reproduire. Son carré à Saturne indique des circonstances adverses ainsi qu'une capacité d'action (Mars) bloquée (Saturne) se traduisant en frustration. Saturne opposé à la Lune marque des peurs profondes sans cesse nourrie par des mémoires figées relatives aux insécurités de l'enfance. À cela on ajoutera un sesquicarré (135°) de Mars à Jupiter, amplifiant la colère enfouie en maison XII. Pour terminer, Uranus au carré de l'ascendant souligne une radicalité potentiellement dangereuse — et Neptune, également à son carré, évoque la dissimulation, le mensonge, une possible paresse et la fuite dans diverses addictions.  

Il ne fait pas de doute que, convoqué comme expert, un astrologue pouvait apporter des éléments majeurs à l'étude de cette personnalité complexe et potentiellement dangereuse. Sa capacité au féminicide pouvait, sans grand risque, être affirmée.

Delphine Aussaguel
Le 15 novembre 1987
20h25 (HL) Albi France
Delphine Aussaguel et la Lune blessée

Si les assassins forment une catégorie spéciale, il n'en est pas de même pour les victimes, bien plus nombreuses et dont chacune et chacun d'entre nous pouvons faire partie. On se pose alors la question : un astrologue convoqué à la naissance peut-il repérer des indications tragiques en ce sens ? Et surtout offrir des pistes pour empêcher qu'elles ne se concrétisent ? Dans le cas de Delphine, à l'égard de son thème, ses parents auraient mérité cet avertissement : elle a énormément (bien plus que la moyenne) besoin de se sentir aimée et en sécurité.

Notons d'emblée qu'en tant qu'ascendant Cancer, sa maison VII (le couple) en Capricorne et sa maison VIII (la mort) en Verseau, appartiennent toutes les deux à Saturne. Or cet astre est conjoint à Vénus (l'amour), dans la maison VI — celle du travail. La jeune femme travaillait comme infirmière en gériatrie, ce qui est cohérent avec la bienveillance vénusienne tournée vers les personnes âgées (Saturne). 

Une conjonction Saturne-Vénus n'interdit pas le bonheur amoureux, mais elle en fait une conquête patiente, exigeante, qui suppose un vrai travail sur soi. 

Cet aspect difficile est aggravé par une configuration particulièrement troublante au vu du contexte : au carré de Saturne et de Vénus se trouve la Lune à 16°59 de la Vierge, exactement conjointe au fond du ciel à 16°41 quant à lui (2). Ce lieu spécial entre tous représente le lieu de vie, les racines, mais aussi la tombe. La problématique saturnienne de l'enfance — peur, insécurité — est ainsi présente, comme elle l'est chez son époux. La Lune, maîtresse de l'ascendant Cancer, développe ici un comportement marqué par la recherche de la sécurité qui s'emboîte dans un problème majeur posé par Mercure : au mi-point entre Saturne (maître du descendant, le couple) et la Lune (maîtresse du moi) et ainsi au demi-carré des deux, il se traduit par de mauvais choix sentimentaux (Vénus-Saturne), à cause d'un manque de compréhension des motivations profondes – ici la recherche de sécurité.

Reste Mars qui, opposé à Jupiter, évoque la colère, la révolte contre l'injustice, sans doute ruminée (Saturne-Lune) dès l'enfance.

La synastrie : une rencontre obligatoire

Cédric et Delphine sont deux êtres profondément marqués par la peur, chacun y répondant à sa façon. Chez Delphine, les nœuds lunaires sont également puissants — en toute logique, puisque les deux naissances ne sont espacées que de quelques mois. Cependant, leur parallèle de déclinaison avec Pluton n'implique pas l'ascendant comme chez Cédric. 

L'on peut imaginer qu'elle aurait, petit à petit, évolué vers de profonds questionnements — c'était peut-être déjà le cas — tournés vers la vieillesse (Saturne) et la mort (Pluton). Les deux thèmes partagent un même Ketu, à un degré près (2°27 de la Balance pour Cédric et 01°08 pour Delphine) — mais ce nœud tombe précisément sur l'ascendant de Cédric. C'est le type même de lien que les nœuds lunaires imposent, une expérience obligatoire, contre laquelle le libre arbitre est impuissant : l'on rencontre quelqu'un, l'on choisit de vivre ensemble pour diverses raisons — mais la rencontre elle-même échappe au choix.

La figure majeure, qui m'avait convaincu de la culpabilité de Cédric Jubillar, tient dans son Mars : il est situé à 14°17 de la Vierge, à deux degrés d'orbe du fond du ciel, de la part de fortune et de la Lune de Delphine — le point le plus vulnérable de sa compagne. 

N'oublions pas que le Mars de Cédric est au carré de sa propre Lune (l'enfance, la mère, la femme), les deux Lunes étant au carré l'une de l'autre. Il est ainsi au carré du Saturne de Delphine (comme il l'est au carré du sien), dessinant la figure classique des disputes violentes en synastrie. De telles configurations soulignent une possibilité de conclusion tragique. Les deux époux partageaient également un Pluton quasi identique, maître en Scorpion, avec le sien posé sur le Mercure de Delphine — une attirance pulsionnelle fut sans doute au départ de leur relation. 

Le Saturne de Cédric se tient à 19 minutes d'arc de la Vénus de Delphine (!) — renforçant la conjonction Saturne-Vénus de Delphine —, une figure rarement heureuse en synastrie, le plus souvent étouffante. Consulté avant le mariage, un astrologue aurait pu déconseiller cette union — sans nulle certitude qu'on l'eût écouté.

La nuit du drame

Disparition de Delphine Aussagel
Le 16 décembre 2020 Cagnac-les-Mines France
Calculé pour 01h05 (HL) 
Reste la nuit du drame. Faute d'heure certaine, j'ai fixé l'heure du meurtre à 01h05 le 16 décembre 2020 : c'est cohérent avec le déroulé des événements et correspond à un ascendant placé par commodité sur celui de Cédric Jubillar. Cependant incertain, l'ascendant n'est pas utilisé dans l'interprétation.  

Mars qui transite à 21°10 du Bélier — soit exactement sur le Jupiter natal de Delphine à 05' d'arc d'orbe (!), attire l'attention. Ce Jupiter on l'a vu, est en opposition à son propre Mars en Balance. Une confrontation violente est plus qu'envisageable. Ce même Mars en transit est également connecté – quoique moins précisément, l'orbe est de 07°31 – au Jupiter de son mari, tout en étant au quinconce (150°) quasi exact du Soleil en XII de celui-ci (l'orbe est de 16' d'arc). Fait aggravant, les deux subissent le carré mondial de Mars à Pluton, capable de lever les inhibitions. 

La tension a dû être extrêmement palpable. Des deux cotés la colère nourrie par un sentiment d'injustice (Mars-Jupiter) est explosive. Si du côté de Cédric l'orgueil (le Soleil) est blessé (3), Delphine encouragée par ce Mars puissant, lui a tenu tête et peut-être tout jeté à la figure.

Cette nuit-là, la Lune, maîtresse de l'AS (le corps) de Delphine, est posée sur son descendant (le couple). Ketu, si important dans leur synastrie, transite à 19°56 du Sagittaire, soit à 08' d'arc du Saturne natal de Delphine (!) — maître de son descendant (le couple) et de sa maison VIII (la mort). Le scénario de sa vie semble arriver en bout de course, la conclusion violente étant la conséquence logique de tout ce que nous avons étudié, peurs, recherche de la sécurité, misère affective et surtout mauvais choix du partenaire. 

L'histoire aurait pu être différente : Mercure (la remise en ordre) et le Soleil (la lumière, la quête) se tiennent proches de ce Ketu natal (le détachement) et ainsi de son Saturne (la force mentale), alors qu'Uranus (la compréhension) s'opposait à son Mercure natal, illuminant son esprit et lui faisant voir la vie d'un oeil neuf. Eût-elle vécu seule, ou avec un meilleur compagnon, ce transit pouvait aboutir à une véritable quête du sens. La conjonction Jupiter-Saturne à la fin du Capricorne — nous sommes à l'époque du Covid (4) – conjointe à la cuspide de la maison VIII de Delphine, signifie à la fois crise, mort et (normalement) renaissance.

Chez son mari, Mercure — maître de son ascendant Vierge — transite sur son propre Uranus natal (36' d'orbe), au carré de son ascendant : plutôt que de profiter de cet éclair de lumière, quelque chose de radical (Uranus) et de calculateur (Mercure) se joue alors en lui. La possibilité de comprendre était bien présente, mais le cynisme (Pluton natal), la compulsion (Ketu), la violence intrinsèque (Mars) et la ruse (Mercure) l'ont emporté.

Certains des évènements de cette soirée tragique sont de facture neptuniennes.  A 18°15 des Poissons, cet astre s'oppose au Soleil de Cédric (l'image illusoire qu'il entretient de lui-même), à son Mars (violence associée à l'apitoiement sur soi) et à sa Vénus (souffrance de ne pas se sentir aimé). Suivent ensuite les mensonges et les dissimulations, qui sont des thèmes appartenant à cet astre. 

Chiron, enfin, mérite qu'on s'y attarde : on le retrouve fréquemment dans les thèmes où la mort s'invite — suicide assisté, mort accidentelle, assassinat. Il porte en lui la possibilité d'une délivrance, d'une libération de la conscience. Il se tient cette nuit-là à grande proximité des Rahu du couple et du descendant de Cédric Jubillar. Cette position évoque l'occasion manquée de guérir la conscience (5). Ça n'est cependant pas terminé pour lui : exactement conjoint à son milieu du ciel, son Chiron natal est au carré de son ascendant et de sa Vénus — le processus devrait se poursuivre au cours des nombreuses années de réclusion qui l'attendent.

Ce que l'astrologie peut mais ne doit pas

Comme expliqué en introduction, j'avais enregistré ces observations lors du procès de l'an dernier. Cédric Jubillar qui clamait haut et fort son innocence, fut pourtant condamné à trente ans de réclusion sans qu'on ait retrouvé le corps de sa femme. L'astrologie me demandais-je, pouvait-elle apporter des éléments fiables dans le contexte d'une affaire judiciaire complexe et délicate ? Pouvait-il s'agir d'une erreur judiciaire? La réponse est bien évidemment positive, du moins dans ce cas particulier. Force est de constater que ce que suggèrent l'ensemble des thèmes étudiés s'est en fin de compte révélé conforme à la vérité.

Cela ne fait pas de l'astrologie une preuve. Le sujet est terriblement délicat et malgré des convictions personnelles, j'ai renoncé à l'écriture d'un article affirmant la culpabilité d'un homme au nom des astres seuls. L'astrologue n'est pas juge et ne voudrait certainement pas l'être : l'astrologie n'a pas vocation à devenir un instrument de tribunal et cette étude relève de l'exercice, non du verdict. 

Reste certains points importants qu'elle soulève, entre autres celui d'un « apparent » déterminisme astrologique. « Apparent » car à mon sens le libre arbitre n'est pas offert, mais doit être conquis et l'une des fonctions majeures de l'astrologie est de participer à son obtention.


(1) L'histoire criminelle connaît de nombreux exemples d'assassins, tels Marc Dutroux ou le docteur Petiot, dont les thèmes montrent de « belles » Vénus.

(2) La part de fortune, liée entre de multiples attributions au bien-être du corps, se tient à 16°49 de la Vierge — en conjonction extrêmement précise avec la Lune et le fond du ciel, le tout au carré de Vénus et de Saturne.

(3) Prête à le quitter pour un autre homme, Delphine avait changé ses codes bancaires dans la journée afin que son mari n'y ait plus accès. 

(4) La genèse astrale du Covid-19

(5) La conjonction Chiron-Rahu et la guérison de la conscience


Illustrations : Thèmes Olympia

Bagues : Zoriana Stakhniv sur Unsplash

Sang : Kirasur Unsplash

CENTILOQUE

CLIQUEZ SUR LE LIEN pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage publié en 1993 aux Editions Dervy


Extrait :


1- N°5 : caractère et destinée.


« L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère ».


Le mot caractère nous vient du grec « kharaktêr », qui signifie un signe gravé. Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.


Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.


Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, l'espritla sagesse, le pouvoir et l’amour.


Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.


Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.