lundi, mars 02, 2009

Bagdad, Uraniborg et les thèmes d'élections.

En parcourant une histoire de l'astrologie (The Fated sky, Simon and Shuster 2005, par l’Américain Benson Bobrick), ouvrage bizarrement tronqué en maints endroits par la foi chrétienne de l’auteur (très documenté mais clairement pas un astrologue, le chapitre sur l'étoile de Bethléem par exemple est renversant de naïveté), je repère des dates précises en relation avec la technique de l'élection:
Ce procédé bien connu des astrologues depuis l'antiquité, consiste à définir une date, la plus favorable possible, pour un important évènement à venir (mariage, accord politique, création d’entreprise, déclaration de guerre, traité de paix….. ).
Il s'agit ici de la fondation de Bagdad, la capitale de l’Iraq, et de celle d'Uraniborg.

Si tout le monde connaît Bagdad, il n'en est sans doute pas de même pour Uraniborg: voici ce qu’en raconte l'encyclopédie Universalis:
« Avec l'appui du roi Frédéric de Danemark, Tycho Brahe fit construire le premier observatoire digne de ce nom en Occident (d'autres existaient en Inde et en Chine), « Uraniborg », sur l'île de Hven, près de Copenhague. Il y poursuivit pendant vingt ans des observations systématiques du Soleil, de la Lune et des planètes. Il conçut et fit réaliser des instruments bien plus précis que ceux qui étaient utilisés jusqu'alors, lui permettant de meilleures mesures. Citons seulement les grands quadrants verticaux (plus de 2 m de rayon) pour mesurer la déclinaison des astres, les sextants et les armilles pour déterminer les angles et les coordonnées équatoriales des astres. Beaucoup plus peut-être que par leur originalité, les instruments de Tycho Brahe sont remarquables par la précision de leur construction. Grâce à lui, la précision des observations de position a augmenté d'un facteur dix, atteignant la minute d'angle.
© Encyclopædia Universalis 2006, tous droits réservés ».

L’intérêt astrologique de ces évènements réside dans le fait que dans les deux cas, il y eut élection astrologique pour décider du moment exact du début des travaux, ce qui nous permet d’en juger les thèmes.

Fondation d’Uraniborg le 8 août 1576, (au lever du Soleil nous dit-on, soit 4H39 exactement), Copenhague.

Les calculs pour Uraniborg furent réalisés par Tycho Brahé lui même, astrologue accompli, grand défenseur de l’astrologie savante, qui pensait que « l’homme porte en lui quelque chose qui est au-dessus des astres ; il peut surmonter les mauvaises influences astrales dans la mesure où il accepte de se conformer au modèle de l’homme véritable » (extrait de l’Histoire de l’astrologie par Wilhem Knappich). L’astronome-astrologue savait ce qu'il faisait : il posa les fondations de son observatoire alors le Soleil et Jupiter étaient conjoints à l'ascendant, très belle figure s’il en est. Cette conjonction entre les deux astres, sans doute la plus favorable de toutes, est très valorisée par son angularité à l’Ascendant.
Pour parfaire cette figure, le Soleil, Jupiter et l’AS sont au trigone de Saturne (le temps, ce qui perdure), ce qui explique que malgré l’abandon du lieu (lorsque Tycho-Brahé perdit le précieux mécénat de la monarchie danoise), on retrouva un siècle plus tard, dans les ruines d’Uraniborg, des copies de manuscrits manquants.
La Lune était en Verseau (la science, la connaissance), en VI et Uranus (le modernisme, l’astrologie), au quinconce de la conjonction ascendante, est en Capricorne dans cette même maison, celle du travail et du service : ce fut vraiment un immense service qui fut rendu là à l’humanité, puisque les observations plus tard recueillies par Kepler (élève de Tycho-Brahé et lui aussi très brillant astrologue) permirent à ce dernier de jeter les bases de l’astronomie moderne. On sait qu’Uranus ne fut découvert que deux siècles plus tard, mais comment refuser au lieu une nature purement uranienne, vu le nom choisi par Tycho Brahe, et les buts recherchés, d’autant plus que l’astrologie appartient à cette planète.
On peut regretter que le lieu ne perdura pas (la Lune en VI est au demi-carré de Saturne (le temps, les obstacles), le maître de la VI, et parallèle à celui-ci (travaux limités dans le temps), sans compter la nature uranienne du lieu et de l’opération, en relation avec le génie, mais aussi la rapidité et le manque d’enracinement).
Pourquoi un si excellent astrologue n’attendit-il pas que la Lune se défit de ses problèmes saturniens ? Sans doute parce non seulement il désirait une conjonction Jupiter/Soleil à au lever, mais surtout parce qu’il privilégia la figure qui est le joyau caché de ce thème : une conjonction exacte à la minute près, entre Jupiter et Regulus, le Cœur du Lion, l’étoile la plus royale des cieux! Jupiter et Regulus se trouvaient tous les deux à 23°56 du Lion et seul cet astronome génial (le plus grand observateur du ciel à l’œil nu depuis Hipparque, que l’on crédite de la découverte de la précession des équinoxes) pouvait réaliser un tel exploit ! ainsi ce thème est également un rappel de la puissance des étoiles fixes, trop souvent négligées par les astrologues modernes, car la conjonction Jupiter/Regulus est considérée comme excellemment favorable.
Ce thème d’élection est donc construit sur la conjonction Soleil/Jupiter/Regulus/AS, au trigone de Saturne et au quinconce d’Uranus !! difficile de faire mieux et la réussite fut au rendez-vous.


Fondation de Bagdad, 31 juillet 762 à 14H40 Bagdad Iraq.

En ce qui concerne Bagdad, aussi appelée « Madinat al-Salam », la cité de la paix (!) fondée par le Calife Abu Jafar Al Mansur, grand père de Haroun-al-Rachid, le Calife des Mille et une Nuits, c’est une toute autre histoire.
Cette cité qui fut pendant un temps relativement court (dès 812 ses rues se jonchèrent de cadavres dans une guerre de succession) une perles les plus précieuses de la civilisation (non seulement islamique mais universelle, puisque Hindous, Bouddhistes, Zoroastriens, Juifs et Chrétiens, venant de terres aussi lointaines que l’Espagne, la Chine ou l’Inde s’y côtoyèrent), fut razzié et pillée, ses habitants plusieurs fois massacrés, et nous savons ce qu’il en est de la situation actuelle!

Qu’en est-il donc du fameux thème d’élection ?

Nous devons les calculs de la fondation à deux astrologues : un Perse du nom de Naubakt et à son assistant d’alors Masha’allah (Messahalla), un Juif Arabe, auteur de traités d’astrologie et célébré, quelques décennies plus tard, dans tout le monde oriental. Comme Messahalla était très jeune à cette époque, on ne peut peut-être pas lui imputer la responsabilité d’avoir choisi une date totalement inepte !

Observons le thème :
Jupiter est au lever, maître chez lui en Sagittaire. Comme pour Uraniborg, Jupiter à l’Ascendant est choisi, ce qui est évidemment judicieux, d’autant que s’il n’y a pas conjonction avec le Soleil cette fois, il y a trigone, car l’astre de lumière est en domicile en Lion, en IX, la maison des études supérieures, ce qui explique le rayonnement culturel de la ville. Par contre, et cela est d’importance, pas de Regulus ici, mais un Jupiter conjoint à Sargas, étoile fixe de nature Saturne/Mars, de fort mauvaise réputation.
Pour le reste tout se gâte. Citons :
- Mercure, maître du Milieu du Ciel et du Descendant, en maison VIII (la mort) est au carré de Saturne : Mercure représente la chance (dont Bagdad manqua cruellement) et le MC la destinée (la mort y joua un grand rôle). Le DS, qui est la cuspide de la VII, la maison des ennemis connus (dont Bagdad ne manqua jamais entre les Turcs, les Mongols, les Anglais, les Américains….), est conjoint à Mars, le dieu de la guerre, évidemment opposé à Jupiter à l’AS. Bagdad est ainsi construite sous la menace perpétuelle de la guerre et des ennemis, ce que l’histoire prouva amplement
- Le carré de Mercure à Saturne évoque aussi les mauvais choix, la méchanceté, la cruauté et les barbaries dont la ville fut témoin. Sa conjonction à Kétu, le Nœud sud de la Lune, semblable à Mars (la guerre) et à Uranus (les bouleversements) dans la maison VIII, la maison de la mort évoque les mises à sac, les pillages, la population massacrée par les Mongols entre autres. Bagdad abrita aussi la première madrasa, collège religieux d’État, dont le rôle fut de détruire les croyances hétérodoxes musulmanes, ce qui a de forts relents de carré Mercure/Saturne (mauvaise orientation de la pensée).
- La Lune quand à elle est en XI (les amis), au carré de Mercure et des Nœuds lunaires en VIII (la mort), opposée à Saturne en V (les enfants): malgré des hauts et des bas, des efforts et des reconstructions, Bagdad ne put compter sur ses amis ni sur ses enfants (sur les satellites qu’elle contribua à créer). Ces aspects évoquent les guerres de succession, les assassinats, les trahisons.

L’ensemble de ces figures défavorables, à peine croyables si l’on songe qu’il s’agit d’une élection(!) mène à deux conclusions possibles:
1- Naubakt, l’astrologue de cour Perse, ne connaissait pas son métier et le jeune Messahalla, n’osât pas le contredire, à moins qu’à cette époque il n’ait été qu’un apprenti, à peine débutant. Reste qu’il est étrange qu’en un temps où les bons astrologues ne manquaient pas, cette élection calculée en dépit du bon sens n’ait pas soulevé de tollé au sein de leur confrérie !
2- Ce même astrologue Perse connaissait très bien son boulot et choisit exprès ce moment défavorable au possible, pour des raisons connues de lui seul : restait-il par exemple, dans le secret de son cœur, un adorateur des astres peu enclin à accepter la nouvelle foi musulmane ? détestait-il pour des raisons personnelles le Calife et sa cour? Cependant la même remarque que précédemment s’applique : qu’en était-il des autres astrologues et pourquoi ne réagirent-ils pas ? Et pourtant, une des deux solutions est forcément vraie

L’astrologie, science sacrée et bénéfique à l'humanité, fut utilisée depuis des temps forts reculés à des fins mondaines et maléfiques. Tous les «astrologues» n’adhèrent pas hélas à une éthique pourtant indispensable à celui qui désire maîtriser l’art des étoiles. Julius Firmicus Maternus par exemple écrivait : « contente toi de peu que l’amour honteux de l’argent ne vienne pas troubler ton travail». Et William Lilly de renchérir: « Soit droit, courtois et charitable, ne laisse pas les motivations matérielles t’induire en erreur, ou t’inspirer une interprétation déshonorante pour l’art ».

15 janvier 1991 à 23H59 Bagdad Iraq.

Étudions un dernier thème pour illustrer ce point essentiel. Il concerne encore Bagdad, celui des temps modernes cette fois : il s’agit du 15 janvier 1991 à minuit, date de l’ultimatum que les alliés adressèrent à Saddam Hussein, alors dictateur de l’Irak, qui avait envahi le Koweït quelques mois auparavant. Une fois encore cette cité bâtie avec les meilleures intentions du monde fut la victime non seulement des noirceurs des assoiffés de pouvoir (mis à part la folie criminelle de Saddam Hussein, citons la famille Bush, les puissances pétrolières et les marchands d’armes : la guerre à peine achevée avec l’Iran qui fit plus d’un million de morts profita à plus de 40 pays dealers en armement) mais peut-être aussi d’astrologues aux cœurs noirs.

Le problème est le même : ou cette date fut choisie par hasard (pourquoi pas après tout, même si l’astrologie ne croit pas au hasard, pas plus qu’à la loi des séries !), ou elle fut « élue » par des praticiens sans scrupules, au service des Faucons de l’époque (sans doute eux-mêmes grassement rétribués par les industriels des armes et du pétrole) :

Le 15/1/1991 met en scène une nouvelle Lune conjointe à Saturne (obscurcissement total du Soleil et de la Lune), conjoint à Rahu, le nœud nord de la Lune (évènements tragiques), ce qui signifie également une éclipse de Soleil (signe des plus néfaste s’il en est) !! cette fois encore difficile de faire pire ! Et si Mars adresse un trigone adoucissant à cette terrible conjonction au Fond du Ciel (le foyer, le lieu où l’on vit, la terre mais aussi la tombe), il est en maison VIII (la mort), et au parallèle de déclinaison de la Lune : il y a ici transmission de lumière et donc Mars, par ce parallèle, rejoint la conjonction Saturne/Soleil/Lune/Rahu, ce qui évoque le viol (d’un pays) et la violence (la guerre, la tuerie).
Ce même Mars est d’ailleurs conjoint à Alcyone et il est vrai que cette étoile fixe est (dans un contexte matériel) en relation avec la cécité : le monde entier, et surtout l’Iraq, n’y virent que du feu. Résultat, l’opération Tempête du désert était lancée quelques jours plus tard, un joli nom pour plus de 150 000 morts Irakiens (possiblement bien plus), et des conséquences qui se poursuivent encore aujourd’hui.

Un dernier mot : il ne s’agit pas de soutenir la thèse que les thèmes d’élection sont tout-puissants: certaines opérations ne peuvent être réalisées (sont perdues d'avance). Il vaut mieux monter le thème de l’idée (du moment où l’on conçoit l’idée). Si ce thème est négatif, mieux vaut abandonner. Sinon on peut attendre des années pour qu’une figure correcte se présente et même alors, des aspects défavorables, incontournables s’y dissimuleront et se révèleront lorsqu’ils sera trop tard.
L’expérience astrologique tend à prouver que ce qui s’engage sous de bons auspices astraux a de sérieuses chances de réussite, mais sait-on jamais ? Par contre, les actions engagées sous de mauvais aspects ont vraiment toutes les chances de mal se terminer.

CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.