mardi, avril 05, 2011

Neptune en Poissons, le tigre et l'être humain.

Si par sa beauté, sa puissance, sa sauvagerie, le tigre est la quintessence, l'incarnation même de la forêt, c'est parce qu'il se tient au sommet de l'évolution, partant des micro-organismes aux insectes, aux plantes, aux arbres géants et aux milliers d'animaux qui la composent. Dénué de peur et n'étant pas un être humain et à ce titre bienheureux car ignorant la comparaison, il n'est pas hiérarchiquement supérieur. Il se contente d'être et la forêt entière respire à travers lui.

L'être humain ne devrait-il pas être à notre planète ce que ce mammifère royal est à la forêt? De par sa génétique, sa sensibilité, son prodigieux cerveau, sa colonne vertébrale dressée vers le ciel, ne possède-t-il pas le pouvoir de rassembler en lui-même et d’exprimer l'ensemble des composants de la vie et de la conscience? Ne devrait-il pas être le tigre du monde plutôt que son virus?

Alors que Neptune entre pour quelques mois dans les Poissons, son signe de maîtrise où il est capable de donner le meilleur de lui-même, ne devrions-nous pas nous interroger sur notre capacité à incarner la quintessence de l’existence et de l’intelligence, cette aptitude définissant les meilleurs aspects de cet astre?

Lorsque Neptune que la très grande majorité d'entre nous malheureusement n'épanouissons jamais, et qui pour cette raison s'associe habituellement à la souffrance, à la peur, aux mensonges, aux dissimulations et aux trahisons est compris, intégré, purifié, transformé, il devient ce que de tout temps nous nommons le sage, celui qui se connaît lui-même, celui dont l'esprit cesse de s’agiter sans cesse inutilement, celui qui sait être le monde, qui n'est jamais séparé car il a fait tomber tous les murs qui l'emprisonnaient.

Il semble que pour conquérir cette maturité qui justifierait la richesse de nos cerveaux, c’est-à-dire conquérir Neptune, il faille intégrer tous les astres sous leurs meilleurs aspects, afin de réunir et de sublimer en nous-mêmes l'ensemble de leurs composants. C’est-à-dire, exprimé différemment, Neptune qui est l'astre le plus plastique, le plus influençable qui soit, doit cesser de refléter en nos cœurs les défauts, les faiblesses et parfois les vices qui sont les leurs.

Pluton d'abord, symbole du pouvoir de la matière, de cette nécessité peut-être pour le principe spirituel de s’incarner dans la sphère physique, matérielle, ce qui reste une de nos plus anciennes interrogations, le pourquoi même de la vie et de la conscience. Il y a de fortes chances que nous ne puissions y répondre par la pensée qui semble être l'expression la plus subtile de la matière. Pluton représente les ténèbres de la matière, la création et la destruction, la régénération et la perversion. Il représente le désir, le pulsionnel, ainsi que la peur primitive, cataclysmique des gouffres obscurs : la peur, liée au désir, au corps et aux strates les plus abyssales de nos consciences, est l'obstacle majeur qui nous sépare de la compréhension de Neptune qui réclame un total abandon de soi. C’est actuellement le contraire qui se passe : Neptune (le collectif humain) est entièrement soumis à la peur, une peur qui est utilisée par tous les assoiffés de pouvoir.

Uranus (qui nécessite d'être aiguisé, compris) est sans doute l'instrument privilégié dont nous disposons pour « conquérir Neptune ». Uranus part du point de vue inverse : alors que Neptune (négatif c'est-à-dire non compris) cherche de toutes ses forces à appartenir à un groupe, un parti, une religion, à faire partie de quelque chose de plus grand que soi, Uranus semblable au tigre solitaire développe l'hyper-individualité qui permet de se débarrasser de tout ce qui nous empêche d'avancer vers la liberté absolue. C'est pourquoi le racisme, le tribalisme, le nationalisme font partie des obstacles à renverser. Nous devons échapper à toutes les définitions, ne plus appartenir à un groupe, à une culture, à une société quelconque, afin de devenir des individus (c'est-à-dire d'être indivisibles). Paradoxalement il s’agit d’apprendre à être seul, à être totalement soi (Uranus), à ne rechercher aucune sécurité dans l’appartenance, avant de pouvoir se fondre dans l’oubli de soi (Neptune).

Saturne joue ici le rôle essentiel de la réflexion profonde, de la discipline (vécue sans conflit), du garde-fou (puisque Uranus peut aller trop loin), de la simplicité, des joies qui naissent de l'austérité. Le rôle de Saturne, même dans ses pires aspects responsables de nombre de nos épreuves, qui sont loin d'être drôles, est de purifier le corps, le cœur et l'esprit. Ainsi nous initie-t-il à l'humilité sans laquelle Neptune ne peut être vécu dans toute sa splendeur puisqu'il s’agit d’abord de se libérer des illusions de l’ego et de l’importance maladive que nous lui accordons.

Jupiter, dont le rôle primordial est de favoriser la quête intérieure (physiquement, intellectuellement, affectivement) permet l'expansion de la conscience qui naît des rencontres, des voyages, des opportunités, de la justice, de l'esprit vraiment religieux (qui donc n'appartient à aucune secte, aucune religion, mais qui réfléchit, explore, écoute, s'étonne et s'émerveille). Son rôle est de rendre le terrain de nos existences propices à l’épanouissement de Neptune. Il n’est pas comme trop souvent de nous engraisser et de nous enrichir.

Mars doit cesser d'être brutal, violent, dominateur (car effrayé), mais doit au contraire apporter le courage et la bravoure nécessaires à l'exploration de soi. Sans Mars nous ne pouvons faire face aux craintes profondes, à Pluton et à ses ténèbres. Sans Mars nous ne pouvons trouver la force de supporter et de vaincre les obstacles que Saturne sème sur nos chemins. Mais trop souvent les circonstances adverses (Saturne, Pluton, les Nœuds lunaires) asservissent Mars qui devient alors instrument de crainte, de terreur, de jouissance brutale des sens. Sous sa meilleure lumière Mars est le guerrier mystique, dont le champ de bataille est la conscience, dont l’ennemi est la peur, dont la méthode de combat est la non-violence, et dont la victoire s'appelle Neptune.

Vénus apporte l'amour, l'ouverture du coeur, sans laquelle tout est vain. Encore faut-il qu'elle soit purifiée elle aussi, afin de ne pas succomber au narcissisme, au matérialisme des objets, à la quête permanente du plaisir qui ne peut que générer la peur, à l'attachement, à la frustration affective qui la concerne et mène à la souffrance, au dessèchement du coeur et au pire à la cruauté. Vénus épanouie, associée à la beauté, à l’art, à la subtilité, est la face la plus perceptible du mystère neptunien de l’amour.

Mercure représente l'ordre qui naît naturellement des agencements mystérieux et profonds, incroyablement complexes de la nature. Mercure doit permettre au cerveau, à l'esprit, par l'ordre naturel qu’il confère (non imposé par aucune discipline conflictuelle) de connaître le repos, le silence, sans lequel Neptune ne peut se manifester. S’il est incompris, il mène à l’inverse de l’ordre qui est confusion, raisonnements défectueux, mauvaises orientations de la pensée et méchanceté.

La Lune, dont le rôle majeur est de nourrir et de protéger, qui est prisonnière des expériences, des mémoires enregistrées, qui dans ce sens crée l'ego, doit percevoir l'exiguïté de sa prison. Elle n'est pas faite pour se figer dans une personnalité qui n'est que le reflet de son passé et de ses préoccupations mentales sécurisantes : Neptune réclame la vastitude de l'océan et la Lune est la goutte d'eau qui doit s'y dissoudre, faute de quoi nous passons notre vie captif de nos préoccupations mentales, sans jamais vivre pour de vrai.

Le Soleil enfin, qui est principe de lumière, qui se tient au centre de tous les astres, qui symbolise le cœur de l'être humain ainsi que son mystère, dans son alliance avec Neptune enfin révélé nous mène à cette définition du Chandogya Upanishad, la plus belle peut-être de cet astre:
« Aussi vaste que l'espace est cet espace à l'intérieur du cœur. Le ciel et la terre y sont contenus, l'air et le feu, le Soleil et la Lune, les éclairs et les étoiles, et tout ce qu'il peut y avoir de LUI (le moi) dans le monde, et tout ce qui n'y est pas (tout ce qui a été et sera) tout cela y est contenu »

Ainsi depuis hier Neptune est en Poissons et cela jusqu’au 5 août. Début février 2012 il y revient jusqu’en janvier 2026. Si sa maîtrise dans ce signe est porteuse de grands espoirs, qui ne nous leurrons pas décrivent la seule voie qui nous reste pour « sauver » notre malheureuse planète de nos comportements criminels, il ne peut être atteint, compris, épanoui sans en passer par tout ce que nous avons décrit : le travail sur soi, au travers de tous les astres, qui seul peut transformer la conscience collective (Neptune) et, s’il est encore temps, nous éviter le pire.

CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.