samedi, février 09, 2013

La nouvelle Lune du Serpent

Je ne suis pas spécialement partisan d'étudier en détail les thèmes de pleine et de nouvelle Lune, ces configurations luni-solaires censés influencer les atmosphères astrales des semaines suivantes et régir nombre des aspects de nos existences. Le ciel change tous les jours et les innombrables combinaisons possibles ne se répètent jamais exactement de la même façon. D'une autre coté on ne peut nier la prévalence des luminaires sur la mécanique astrologique et parfois, lorsque la mythologie, l'astronomie et l'astrologie se rencontrent, cela ne peut être que signifiant.

Nouvelle Lune en Verseau (21°43') le 10 février 2013 à 8h20 Paris.

C'est le cas de cette nouvelle Lune programmée pour demain. L'heure choisie pour la carte du ciel ci-contre est anecdotique car l'évènement concerne le monde entier. Cette lunaison se démarque des autres parce qu'elle se rapporte à deux évènements importants liés à l'astrologie : il s'agit du nouvel an asiatique (pas uniquement chinois) qui entame l’année du serpent et du principal bain sacré qui a lieu à la Khumba mela d'Allahabad dans le nord de l'Inde, au confluent du Gange, de la Yamuna et de la mythique Sarasvatî, où sont actuellement rassemblés plusieurs dizaines de millions de pèlerins à l’occasion du plus vaste festival religieux au monde (1).

J'ai raconté dans cet article la relation mythologique qui associe les Nœuds lunaires (le grand serpent céleste), l'Amrit (le nectar d'immortalité) et ces gigantesques festivals hindous où les dévots se purifient l'âme et se baignent dans une eau imbibée croient-ils du parfum du fameux nectar. J'ai personnellement participé à 3 de ces festivals, respectivement à Ujjain, à Hardwār et enfin à Allahabad, là où le rituel du bain est le plus ardu car il y fait froid, l'eau glacée exhale un brouillard qui pénètre les os et l'on s'y plonge tous les matins dans l'obscurité qui précède l’aube. Je ne jurerais pas en avoir été entièrement purifié, mais le corps qu'il faut convaincre de se prêter à cette épreuve en ressort quand à lui profondément énergétisé.

Quoi qu'il en soit, l'intérêt majeur de cette nouvelle Lune réside justement dans des Nœuds lunaires particulièrement soulignés, car situés au carré exact (à moins d'un tiers de degré d'orbe) des luminaires! 

On retrouve ainsi, malgré qu'il n'y ait pas d'éclipse, le combat archétypal entre le grand serpent céleste lié aux forces obscures et le couple créateur de lumière, une confrontation qui présage possiblement des évènements difficiles et de possibles bouleversements qui s’ancrent dans le temps et dans les destinées. Les Nœuds ayant valeur d'éclipse, on ne doit pas s'attendre à des déclenchements immédiats. Il est difficile de savoir combien de temps dureront les effets. Sans doute un temps assez court, un mois tout au plus (jusqu'à la prochaine lunaison), mais les dégâts produits pourront ensuite s'étaler beaucoup plus longtemps.

Certains se demanderont peut-être si des aspects qui ne sont pas des conjonctions s'appliquent à des lieux qui restent fictifs, quoique les Hindous en aient fait des planètes à part entière? Personnellement j'ai souvent remarqué l'importance des carrés de l’axe des Nœuds dans des thèmes de naissance ou encore évènementiels et pas uniquement avec le Soleil ou la Lune, mais également avec les autres astres. Cette nouvelle Lune aura sans doute un impact sur la planète entière, mais de façon plus marquée chez les individus (voire les nations mais c’est plus difficile à savoir) marqués par le 21° des signes fixes (Verseau, Taureau, Lion et Scorpion), en comptant un orbe de plusieurs degrés de part et d'autre (5° à 6°) ce qui nous fait entre 15° et 27°).

Rappelons que les Nœuds lunaires sont négatifs car liés à cette part de l'astrologie la plus déterministe de toutes : si nous savons pouvoir agir sur nos thèmes par l'exercice de l'intelligence, il est des hérédités familiales et sociales, des conditionnements inconscients, peut-être des effets de vies antérieures comme le pensent les astrologues karmiques, ou encore des circonstances qui nous lient à la collectivité, à des évènements, à des mouvements de société contre lesquels nous ne pouvons pas grand chose. Retenons qu'avec les Nœuds les mémoires figées, enfouies, parfois endormies depuis des années (ou des générations?) se matérialisent soudain au cœur de la destinée. Et simultanément, si l'on n'est pas vigilants, d'autres mémoires se gravent et se cristallisent, prêtes à attendre leur tour…. Ainsi attention à nos processus de pensée, spécialement à cette façon particulière que nous avons de vivre influencés par les grilles de lecture du passé que nous projetons dans l'avenir.

Les menaces sont réelles, tant pour les collectivités que pour les individus car certains aspects de cette nouvelle Lune sont extrêmement tendus:

A 10° d'orbe Saturne en Scorpion doit être considéré lui aussi comme au carré des luminaires, ce qui assombrit, frustre, isole, ralentit, enlise…. Ça n'est pas une figure joyeuse et l'on doit s'attendre à une atmosphère teintée de froideur, d'indifférence, assombrie par des craintes profondes, des éloignements et des séparations. Les circonstances sont souvent adverses, dénuées des coups de pouce de la chance. Comme toujours avec Saturne, il est conseillé de faire une pause dans la poursuite des biens matériels et dans la réalisation des ambitions et d'essayer de s’intéresser aux facettes les plus sérieuses de la vie: l'astre de la contemplation, de l'arrêt, nous demande pourquoi nous ne cessons de gigoter alors que comme le disent les bouddhistes, le vieil âge et la mort mènent nos vies comme le bouvier mène ses bœufs à l'étable. Ce point de vue très philosophique reste un conseil pratique, car Saturne pousse à la renonciation et c'est lorsque l'on n'obéit pas à ses injonctions (délivrées à coups de carrés aux luminaires par exemple) que les problèmes se multiplient.

Cependant, des forces contraires à un comportement sage se dressent contre nous : on remarque au cœur de ce thème une conjonction Mars/Neptune/Mercure au carré de Jupiter qui complique passablement les choses. Cette configuration évoque des violences, de la paranoïa, des conflits verbaux et des paroles déplacées, des scandales, des mensonges, des dissimulations, des tromperies et des trahisons, des colères explosives et une sentimentalité exacerbée, le tout provoquant des choix et des décisions impulsifs se reportant négativement sur les destinées individuelles et collectives. On comprend l'impact de ces figures sur la diplomatie, les conflits, les réflexions, les stratégies et les arrière-pensées des différents acteurs de la vie internationale, tout partis et toutes nationalités confondus d’autant que la position saturnienne pousse plutôt à la méfiance, au repli sur soi, au manque de générosité et de confiance et au durcissement des ego. La situation d’Uranus au demi-carré des luminaires indique d’ailleurs de possibles révoltes, voire des révolutions qui grondent ou explosent, mais cependant, vu le contexte des Nœuds, porteuses de danger car on sait que cet astre s’associe facilement aux despotes en tous genres (les nations marquées par le Verseau comme la Russie, la Chine ou la France pourraient être concernées, mais aussi celles appartenant aux autres signes fixes). On ajoutera à ces diverses tendance un parallèle de Mars à la Lune qui fait craindre des surcroîts de violence.

Nos existences individuelles ne peuvent qu'être marquées elles aussi. Si l’on comprend que nous agissons sur le monde en nous changeant nous mêmes, il devient important de surveiller nos paroles et nos actes, de brider la médisance (Mercure/Neptune), de pas laisser la peur (Neptune/Mars soutenu par Saturne/Lune) se transformer en agressivité (Mars/Neptune), ou encore la colère (Jupiter/Mars) influer sur nos actions et nos décisions (Mercure/Mars) d'autant que celles-ci sont contaminées par des mensonges ou par la propagande (Mercure/Neptune)…..

Posé là-dessus, le carré de Saturne à Vénus n'est pas à sous-estimer. Cet aspect interdit les nouvelles rencontres sentimentales (au minimum jusqu'au 17/02) en règle générale vouées à l'échec. Mieux vaut rester seul (si l'on est seul) et méditer sur le besoin d'union, sur l'insécurité liée à la solitude, sur le fait que nous nous sentions toujours esseulés. Saturne, comme dans son carré aux luminaires, pousse vers la réflexion profonde et possiblement vers la compréhension de l'union et de la séparation : n'est-ce pas parce qu'au cœur de nos êtres nous subissons toujours l'isolement de nos pensées que l'union prend autant d'importance? C'est le sens du sextile Uranus/Vénus, l'astre de l'intelligence venant à notre secours, mais en même temps capable de provoquer des rencontres soudaines et inattendues, possiblement exaltantes, qui doivent alors être vécues dans le détachement de l’instant présent. Chercher à pérenniser, c'est-à-dire à trouver la sécurité, nous ferait perdre une fragrance qui mêle liberté et amour et l'on serait alors victimes d'un Saturne négatif, c’est-à-dire de la souffrance causée par une solitude accrue.

Malgré son carré aux luminaires Uranus qui est également au sextile de Jupiter va dans le bon sens, philosophiquement parlant. Il est sensé nous inspirer une philosophie, voire une spiritualité débarrassée des maîtres, gourous et autres professionnels afin que nous puissions penser par nous-mêmes et tenter de résoudre des problèmes qui concernent l'humanité entière.

Jupiter au trigone de Vénus ne figure d'ailleurs pas l'envers de Saturne au carré du même astre. Il faut d'abord passer par ce carré (sérieux, peut-être renonciation) pour profiter au mieux des grâces de Vénus (amour vrai, sans arrières pensées, sans quête de sécurité). Uranus est celui qui fait le lien entre les deux mouvements qui ne doivent pas s'opposer mais s'emboîter. L’ensemble de ces aspects sont à prendre au sérieux car Vénus et les Nœuds sont en parallèles de déclinaison, indiquant que beaucoup de problèmes possibles naîtront de la sensualité et de l’affectif.

Pluton enfin, toujours au carré d'Uranus, montre que la jouissance des sens et la peur de la mort ne sont pas faciles à lâcher, mais son sextile à Saturne d'un coté et à Mars/Mercure/Neptune de l'autre indique de vraies possibilités de régénération de nos esprits tourmentés par ce monde de folie dans lequel nous vivons.

Voilà, ce sont donc sous ces auspices que s'ouvre l'année du Serpent fêtée en Chine et dans de nombreux pays de l'Est asiatique, alors que simultanément des millions d'Hindous recherchent l'immortalité. 7 milliards d'être humains partagent une conscience collective bien assombrie et plutôt menaçante. Cette conscience que Neptune symbolise est manifestement attaquée par Mars et l’on voit que la violence et la peur (Mars/Neptune/Lune), les injustices (Jupiter/Mars/Neptune) et la dureté du cœur (Saturne carré aux luminaires) prévalent. Cela pourrait être différent ce qui dépend de chacun d’entre nous. Que le Serpent céleste des Nœuds prenne autant d'importance alors que l'année du Serpent commence est peut-être signifiant vues les relations profondes que nous entretenons avec certains symboles archétypaux. Heureusement le Serpent est associé à la transmutation.


(1) Les khumba mela ont lieu tous les 3 ans et sont en relation avec les transits de Jupiter en signes fixes, mais en astrologie sidérale. Ainsi pour les Hindous, il ne traverse pas actuellement les Gémeaux mais le Taureau.

CENTILOQUE


CLIQUEZ SUR LE LIEN
pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.