mardi, mars 08, 2011

Uranus en action

Alors qu'Uranus « l'éveilleur » regagne ce 12 mars le Bélier pour 7 années, ce qui constitue un véritable événement astrologique tant pour les individus que pour la collectivité, je m'interroge sur ce texte publié sur la toile: Uranus est légèrement visible dans certaines conditions. Il apparaît avec l'éclat d'une étoile de sixième grandeur. Dans la tradition arabe, la vertu efficace de l'astre est véhiculée par sa lumière. Aussi, même si les anciens avaient connu l'existence d'Uranus, ils lui auraient accordé l'importance d'une étoile de sixième grandeur, considérant la quasi-totalité des étoiles observables (de la première à la sixième grandeur) comme plus déterminantes (Denis Labouré Astres errants et étoiles fixes).

Doit-on comprendre que la magnitude d’une étoile détermine sa puissance? On sait pourtant que les étoiles fixes les plus éclatantes ne sont pas forcément les plus importantes. Algol (Bêta Persei dont le nom décliné donna goule et alcool), une des plus virulentes dans ses effets (nous parlons de faits observables et enregistrés) est une binaire à éclipse de magnitude relativement faible (entre 2.1 et 3.4, classée cinquante-neuvième). Bizarrement, c'est justement dans ses phases éclipsée qu'elle se révèle la plus mauvaise. Regulus (le Cœur du Lion, classée vingt-deuxième) luit moins que Sirius (le Grand Chien, classée première), ou que Procyon (le Petit Chien, classée septième), mais sa présence marquée dans un thème n'en est pas moins tout aussi remarquable. Et que dire des Pléiades aux flamboiements subtils mais si faibles en comparaison de la plupart des étoiles utilisées à des fins astrologiques depuis l’Antiquité?

Peut-on mesurer la puissante des planètes à l'aune de leur luminosité? L'éblouissante Vénus (-4,4 de magnitude maximale) serait-elle plus importante que Mercure dont la magnitude est moindre (quoi que parfois éclatante à -0,5) et de plus ardu à observer car pris dans l'éclat du Soleil?

Peut-être doit-on aussi se demander si les innombrables références aux « anciens », soient-il Arabes, Grecs, Égyptiens, Chaldéens ou Hindous s’imposent comme absolument nécessaires dans ce type de débat ? C'est un mal vivace propre à l’astrologie que ce complexe d'infériorité qui nous fait croire que nos prédécesseurs furent des sortes de géants détenteurs de connaissances dont il ne nous resterait que des bribes. Le thème de la fondation de Bagdad nous prouve bien le contraire (lire Bagdad, Uraniborg et les thèmes d’élection).

Il est exact que nombre de modernes ayant perdu contact avec le ciel et piégés par les nouvelles technologies, empilent inutilement astéroïdes et lieux fictifs, ou encore ne perçoivent plus guère que des symboles psychologiques en lieu et place des astres, les confinant aux éphémérides et ne goûtant jamais à la magie de leur présence. Combien de praticiens contemporains, Hindous y compris (lire La poésie des étoiles), prennent-ils la peine et connaissent la joie de chercher et de contempler Mercure dont nous parlions plus haut? D’un autre coté l'art astrologique, porté entre autres par une bien meilleure connaissance de la mécanique céleste et par des calculs sans faille (le rêve absolu des «anciens» justement) progresse également, comme toute connaissance humaine. En occident son éclipse qui suivit la Renaissance força les praticiens à se montrer plus précis, plus rigoureux et à se débarrasser de nombreuses superstitions.

L'été dernier, lorsque la Lune se faisait discrète et que les nuages n'obscurcissaient pas la voûte céleste, la conjonction Uranus/Jupiter était particulièrement intéressante à observer : les deux astres posés à proximité de l’Anneau des Poissons restèrent longtemps attachés au point vernal, c'est-à-dire au premier degré du Bélier. Non seulement étaient-ils conjoints (avec une même longitude), mais ils formaient aussi un parallèle de déclinaison, ce qui signifie qu’ils apparaissaient collés l'un à l'autre. Uranus n’exhibait même pas la magnitude d'une étoile de sixième grandeur, certaines nuits les satellites de Jupiter étincelaient plus fortement et comme eux on ne pouvait le repérer sans jumelles. Et pourtant quelle force, quelle action, quelle signification dans cette rencontre ! Si elle fut à cette époque bridée, bloquée par Saturne en opposition, ce qui ne l’empêcha pas de travailler les cœurs et les consciences, elle a bien fini par exploser, comme l’ont montré et le montrent encore les évènements qui secouent nombre de dictatures. Remarquons que l’explosion eut lieu quand le parallèle de déclinaison se reforma (un peu avant Noël si l’on utilise 1° d’orbe) alors que Saturne avait depuis longtemps passé son chemin.

Et si Uranus est remarquable dans la vie des nations, bien observé, étudié, disséqué sur de très nombreux thèmes, il affiche son rythme de façon flagrante et parfois spectaculaire dans la vie des individus.

Il découpe régulièrement l'existence en tranches, souvent de 7 années quoique cela dépende des configurations particulières. Il explose littéralement des structures, des modes de vie. Il confronte à des existences devenues trop étroites. Il réoriente, bouleverse, brise des vies qui se croyaient sécurisées, rangées, à l'abri. Il éveille. Il creuse, il explore, il assoiffe de liberté. Il emporte vers les lieux sauvages de la conscience. Il dérègle les sens, les émotions, les idées. Il poursuit la pensée dans ses derniers retranchements, la retourne sur elle-même, la questionne sur sa propre signification, sur son existence, sa substance, sa nourriture, sa capacité à mourir. Il renie le passé, les traditions, les maîtres, les « anciens » car il cherche sa propre voie. Il considère, comprend, que l’éveil de l’intelligence et la transformation des consciences sont seuls capables de nous extraire des obscurités bourbeuses dans lesquelles nous pataugeons.

Les crises qu’Uranus aussi invisible soit-il génère, ne sont pas toujours extérieurement perceptibles, car peu d’entre nous acceptent de vivre une destinée uranienne, qui tend le plus possible à échapper au système: d'autres facteurs interviennent, réagissent et souvent étouffent le mouvement uranien. Ainsi tous les aspects négatifs Saturne/Uranus entres autres tendent à ralentir, bloquer, voire l’étouffer Uranus par la quête de la sécurité.

Parce que l'appel uranien, produit par de puissants aspects, déstabilise et souvent bouleverse, parce qu'il dérange comme une vérité, une idée, un choc électrique qui nous force à sortir de notre terrier, il est fui, refoulé, écarté avec agacement. Il est plus facilement écouté au cours de la jeunesse, avant que les conditionnements et la quête prépondérante de la sécurité n'aient pris le dessus.

Ou encore, puisque comme tous les astres, Uranus est protéiforme (il représente autant le révolutionnaire que le dictateur et c'est pourquoi les deux rôles, si les circonstances sont propices sont interchangeables), son coté tyrannique, brusque, nerveux, tranchant, convaincu de sa supériorité prend le dessus et sert à son tour la quête de la sécurité, générant l’uranien négatif particulièrement dangereux pour la communauté.

Il reste certain que les transits marqués, puissants, concernant les Angles ou les luminaires surtout, mais aussi parfois les astres (les relations Uranus/Mercure modifient la façon de penser, celles entre Uranus et Vénus peuvent modifier l'expression sexuelle) ont toujours un impact marqué chez l'individu.

Uranus agit par signes et par aspects et ses relations aux maisons sont remarquables. Il transite dans la VII et voilà des associations menacées, des relations sentimentales soudainement tourmentées, un mariage qui menace de voler en éclat parce que l'individu s'interroge sur son couple et que peut-être, une insatisfaction latente de faisant jour, il a la force de caractère de l'accepter et de passer à autre chose, de tenter de vivre ses rêves pourquoi pas? Il transite en IX et soudain une irrépressible soif de voyages se fait sentir, qui se heurte le plus souvent à la réalité, aux impossibilités et qui génère encore une fois une forte insatisfaction, d’où des comportements électriques incompris de l’entourage. Il aspecte l'ascendant et la personnalité, le cœur de l'identité même se voit volontairement soumis à d'importants changements et parfois à de vraies révolutions, surtout s’il y a prédisposition (un Uranus souligné dans le thème de naissance).

Dès maintenant et pour les deux ou trois années à venir, il défie particulièrement ceux marqués par le début des signes cardinaux (Bélier, Cancer, Balance, Capricorne), qui on le sait sont plus portés à l’action et à la concrétisation que les autres. A surveiller chez chacun. J’invite les lectrices et lecteurs de ce blog (sensément au moins un peu uranien) à parcourir les éphémérides en ce sens : où transitait Uranus sur leur thème de naissance alors que leur existence prenait tel ou tel virage ? que des rêves prenaient soudain forme ? que des bouleversements frappaient comme des coups de tonnerre ? que des modifications importantes touchaient leurs modes de pensée ? qu’une crise psychologique redéfinissait leurs points de vue sur le monde, sur leur vie, sur eux-mêmes ?

Quand Uranus frappe, éveille ou bouleverse, ou parfois les deux à la fois, que faire? L’idéal est d’accompagner en douceur, avec attention et intelligence la révolution intérieure, car il s’agit de transformer en profondeur sa façon de penser, afin que l'esprit se libère de ses carcans et s’ouvre ainsi de nouveaux horizons. Cela nécessite de prendre conscience des peurs et des résistances. Car le plus souvent, obligatoirement, il y a opposition et conflit. On fait alors quelques écarts, jusqu'à ce que au bout d'une certaine période, selon la vitesse de l'astre et les configurations concernées, vaincu par les craintes, les circonstances adverses et les conditionnements, on rentre dans le rang. Ou peut-être pire, on détourne l’énergie uranienne vers le matérialisme, car l’astre a cette faculté de créer un noyau dur au cœur de la conscience. L’étincelle d’intelligence qui aurait pu embraser la vie fait long feu. On ne vit plus que d’ambition, de quête d’autorité, de fanatisme, au service de l’argent, de la conquête sociale, au pire d’idéologies perverses et destructrices. On met alors son système nerveux à rude épreuve, on passe par la cocaïne, les amphétamines, tout ce qui accélère le rythme des pensées, ce qui est quand on y pense sérieusement le contraire du but recherché. Si le processus ne nous détruit pas on « réussit » parfois, on escalade des échelons, on est plus riche et sinon admiré envié, mais sans même le savoir, tant notre propre ego nous éblouit, on passe à coté de la vie.

Dommage car l'éveil uranien est capable de changer le monde puisqu'il s'agit de transformer la conscience, d’agir sur la structure et même la substance de la pensée. Attention donc à ne pas laisser les ramifications de la peur gâcher ces importants transits.

Enfin il faut aussi savoir que l’on n'est pas obligé d'attendre qu'il nous éveille pour explorer nos consciences. Simplement, ses transits importants nous forcent à le faire et ceux qui, nombreux hélas, refusent le mouvement, le regrettent le reste de leur existence car il leur reste sur le bout de la langue un léger goût de cette liberté absolue qu'ils ont laissé filé.

C'est donc parti, d'ici quelques jours, pour 7 ans d'Uranus en Bélier. C'est le signe de Mars qui tout en étant le guerrier brutal et destructeur inspire aussi le courage et la bravoure. C’est l'exaltation du Soleil, l’astre noble et glorieux, qui apporte la lumière et la vie. Voici le moment de lancer de beaux projets, d’explorer la pensée, de pénétrer du regard (sens de son exaltation en Scorpion), d'être généreux et révolutionnaire au vrai sens du terme : de transformer nos consciences et de changer la vie.




CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.