vendredi, août 30, 2013

Saturne et la tête du Dragon

Rétrograde de nature, c’est-à-dire se déplaçant en sens inverse des astres, la tête du Dragon (Rahu) se hâte vers son rendez-vous annoncé avec Saturne. Maintenant à moins de 4° de distance l’un de l’autre,  la conjonction, exacte le 25 septembre à 9°25 du Scorpion (1) est active jusqu’aux environs du 19 octobre, si l’on accepte 4° d’orbe, ce qui est possiblement trop peu. Selon les cas cette rencontre intense et tendue s’associe à des prises de conscience, à des transformations profondes, à des contractions mentales, à des bouleversements et au pire à des évènements funestes.
Du 30 août au 21 septembre environ (il n’est pas possible d’être précis au jour prés) Mars en Lion transite au carré de cette configuration, déclenchant une véritable inflammation. Ainsi, ces trois prochaines semaines, la situation céleste est porteuse de circonstances adverses, de conflits, de risques de violences et d’accidents, de confrontations, de blocages, de durcissements et de frustrations. Il ne s’agit pas uniquement de tendances psychologiques, la  présence des Nœuds concernant l’étoffe des destinées individuelles et collectives, lesquelles  s’entremêlent en certains cas (2). 

Les Nœuds lunaires touchent aux profondeurs du psychisme, à l’inconscient ou/et aux vies antérieures comme nombre d’astrologues en sont actuellement persuadés. Leurs mécanismes et leurs liens indéniables avec la réalité tangible, concrète, événementielle sont mystérieux et mal compris. Racontée ici, leur genèse vue par la mythologie hindoue est éloquente. Les Nœuds évoquent autant la fortune, dans tous les sens du terme que le malheur. Ils s’associent au poison « capable de détruire tous les mondes » (gaz neurotoxique en Syrie, empoisonnement de l’océan à Fukushima, pollution généralisée mais aussi colère, avidité, haine, jalousie ….) ainsi qu'au « nectar d’immortalité » dont l’obtention est particulièrement liée à la victoire sur l’envie et à la renonciation.

Rappelons quelques principes de base les concernant:
- Rahu s’associe à la soif des sensations et des expériences. Il offre parfois beaucoup (autant que Jupiter dit-on), mais ses cadeaux sont empoisonnés car il attache, obsède et engendre l’anxiété, la colère et l’insatisfaction.
- Ketu s’associe au passé, aux facilités comme aux difficultés qui en émergent. A la différence de Rahu il ne donne pas, il prend. Il est lié aux épreuves, au doute, aux comportements compulsifs, mais son orientation est en fin de compte spirituelle car son rôle est de mener au détachement.
- Tous deux se rapportent à des rencontres importantes et à des évènements étranges, inexplicables, favorables ou tragiques selon les cas.
- Ils représentent les lieux du thème où le libre arbitre est au plus faible.

Comment appréhender au mieux cette configuration:
Une des fonctions majeures de l’astrologie est d’expliquer comment des significations négatives peuvent être atténuées, ou parfois déplacées du tangible au symbolique, ou même transmutées en significations positives. Nous faisons face à une conjonction Rahu/Saturne tourmentée par un carré de Mars. Si le poids du passé intervient, l’avenir se crée en de tels moments. La prudence, la réflexion sont donc de mise car la destinée se met en place sous nos yeux. Plus tard, dans quelques mois ou quelques années les choses s’éclairciront avec le recul, mais il sera trop tard pour regretter de mauvais choix. Ceux-ci pourraient être dictés par réactions incorrectes à des circonstances adverses, surtout dans la période marquée par Mars.

Le premier mot qui vient à l’esprit est renonciation.  Rahu est lié aux désirs, à l’attachement et à l’insatisfaction. Il représente la sensation de ne jamais en avoir assez d’où ses liens avec la colère et l’anxiété. Saturne maîtrise le temps, la durée et bien souvent les obstacles. Il oriente normalement vers le retrait, la simplicité et l’austérité. Ainsi la voie de la sagesse est de laisser passer cette perturbation sans s’attacher (Rahu) et en sachant renoncer aux désirs qui se présentent (Saturne), à partir du moment où ceux-ci semblent être contrariés par des circonstances adverses (Mars/Saturne). La renonciation, le détachement et le service sont des actions qui éloignent les désagréments.

Dans le mythe Hindou Vishnou demande aux dieux de ne pas disputer aux démons les merveilles (les jouissances et les pouvoirs matériels) que le barattage de la mer de lait fait émerger des profondeur.  Plus intéressant peut-être il leur demande de ne pas se battre pour le Nectar d’immortalité lui-même, qui symbolise les pouvoirs spirituels. Il doivent seulement avoir confiance dans le pouvoir de l’action juste.

La renonciation nécessite beaucoup de subtilité et d’attention car c’est à la volonté que l’on doit renoncer en premier. Pour l’exprimer autrement elle n’est pas une action volontaire, mais une émanation de l’intelligence. Tourmentée par Rahu, Mars et Saturne, la volonté peut se révéler intraitable, obstinée, dure et obsessionnelle. Soumise au désir et au devenir elle durcit la réalité. Y renoncer sans conflit nécessite l’exercice de l’intelligence, la compréhension de l’inanité du devenir psychologique, du vouloir être. Peut-être doit-on compter sur Uranus, l’astre de l’éveil, pour nous illuminer mentalement à ce sujet, car il adresse un quinconce à Saturne/Rahu tout au long de leur rencontre.  Belles joutes en perspective entre Mars qui ne peut qu’enflammer, désirer, vouloir et Uranus, qui éveille l’intelligence, c’est-à-dire s’il est correctement utilisé. Sinon il est à craindre qu’il ne nourrisse l’autoritarisme, la radicalité et le fanatisme. En cet endroit se glisse le libre arbitre tant prisé. L’essentiel est d’éviter la guerre intérieure.

Mars enflamme les désirs auxquels Saturne fait obstacle. Dans ce contexte Rahu ne peut que déclencher l’insatisfaction. Inversement  l’obéissance à Saturne, qui est l’essence de la renonciation, apporte la sérénité. Celle-ci n’est pas une récompense pour avoir réussi à se vaincre ou à se discipliner, mais une félicité naturelle qui émane de l’être profond lorsque l’on se débarrasse d’un lourd fardeau. Saturne, qui est aussi la vérité nous entraine alors vers un temps purifié, c’est-à-dire libéré des projections dans le futur des réminiscence passées. Il nous ôte le poids des désirs nés de mémoires anciennes et figées, empêchant celles-ci de renaître matériellement dans le futur. On en revient ainsi à l’une des significations fondamentales de Rahu qui est l’attachement aux expériences. Et Saturne, en ce sens particulier étonnamment proche de Ketu, enseigne le détachement. En d’autres termes, pas de paix, pas de sérénité tant que l’esprit se projette dans la quête de sensations.

On a beaucoup insisté sur la renonciation: elle est aussi nécessaire à Rahu qu’à Mars dans sa confrontation à Saturne. Mars cependant, l’essence même du désir, s’épanouit au mieux dans la notion de service tout aussi indispensable. C’est par le service, c’est-à-dire l’émergence du sens chevaleresque, que celui-ci cesse d’enflammer les corps et les esprits. Qu’il mène à l’action juste. Qu’il n’est plus maître de la guerre, mais défenseur des faibles. Il ne punit pas, il soigne et il sert.

Le point de vue de l’individu:
- On a compris que les semaines à venir nécessitent sérieux, sagacité et réflexion d’autant que Mars apporte ses propres complications. Gardons à l’esprit le fait que les Nœuds lunaires et Saturne sont liés au temps et aux effets à retardement : les actes, les paroles et les décisions ne sont pas anodins.
- Le point névralgique est le 9° du Scorpion. On lui accordera 4° d’orbe de part et d’autre, soit l’espace compris entre le cinquième et le treizième degré du Scorpion, mais il peut être légèrement étendu: chaque thème est différent et en définitive le jugement dépend uniquement de ses caractéristiques.
- Si votre thème est ainsi marqué (astres ou angles présents dans cette zone particulière), mieux vaut ralentir, approfondir, examiner, observer et réfléchir sérieusement sur les significations et les orientations de l’existence. Sur les motivations. Explorer et tendre l’oreille vers les profondeurs de soi et remarquer, décrypter les messages (parfois sous forme de synchronicités) que la vie nous fait parvenir. 
- Quoiqu’il arrive, quelles que soient les évènements, les rencontres et les éventuelles inflammations de la destinée, surtout pendant la période marsienne, il est essentiel de favoriser la renonciation, sans conflit, sans lutte intérieure, mais uniquement dans l’observation intense, vigilante et sagace du désir et de l’attachement. En cas de circonstances adverses, renonciation, détachement et service sont les trois mots-clés.
- Scorpion oblige, l’estime ou la mésestime de soi sont essentiels à observer et à comprendre dans leurs racines évènementielles mais aussi dans les mécanismes même de la pensée.
- De même une « descente aux enfers » est toujours possible, c’est-à-dire une plongée forcée dans les couches profondes de l’esprit. On doit la vivre comme initiation : mourir puis renaître.
- Les thèmes marqués par les mêmes degrés en Taureau, recevant ainsi la visite de Ketu et l’opposition de Saturne, sont concernés par des évènements ou des rencontres similaires. Les mêmes conseils leur sont adressés. La renonciation sera tout aussi, sinon plus encore, profitable et le détachement (de la nature de Ketu) plus facile. Quoique. Une « descente aux enfers » est également envisageable.
- Les mêmes espaces en Verseau et en Lion sont également invités à la fête vus les carrés envoyés par Saturne lié aux Nœuds. Moins de pression mais d’importantes perturbations ne sont pas à exclure. Mêmes conseils bien entendu.
 - Pluton au sextile et Neptune au trigone apportent de précieux soutiens, permettant à la régénération et à l’empathie de se déployer. Uranus au quinconce, un aspect évolutif (du carré au sextile), permet l’usage du libre arbitre : celui-ci est faible en ce qui concerne les circonstances (les Nœuds) mais obligatoirement présent pour ce qui est de nos réactions. Jupiter commence à être un peu lointain pour aider, mais sait-on jamais, il a le bras long et ses bienfaits dépendant de l'obéissance à Saturne.
- Du 13 au 24 septembre Vénus en Scorpion sera de la partie : les sentiments et les émotions, le sens de l'esthétique, le charme, la sensualité et la séduction sont touchés. Les structures relationnelles, les couples et les associations courent des risques de passions violentes et de refus douloureux, d'étouffements et de séparations, de manipulations, d’empoisonnements et de déceptions. Le recul s'impose particulièrement en ces domaines.
- Pour tout le monde, on ne doit rien chercher à « garder » si les circonstances font preuve d’adversité.
- On se méfie des mémoires qui se figent sous l’action des Nœuds et préparent ainsi des matérialisations futures, d’où les effets à retardement.
- On surveille les liens, les attachements, les dépendances qui se créent pendant cette période et l’on évite de se battre contre les circonstances adverses.

Dans l'idéal on s'ouvre de cette façon au détachement (les Nœuds) et à la sérénité (Saturne), c'est-à-dire à la possibilité d'échapper au temps psychologique qui nous maintient captif à la surface de nos esprits. On donne ainsi sa chance au nectar d'immortalité d'émerger de nos profondeurs.

(1) Il s’agit des Nœuds moyens.

(2) Comment ne pas penser à la menace d’une intervention occidentale en Syrie? Il est essentiel de se rappeler que toute action commencée sous un Saturne défavorable est contrainte à durer ou à s’enliser. François Hollande qui souffre toujours d’un grave problème Saturne/Mercure étudié ici  a déclaré que la France se tenait prête à « punir » …. 
Bachar-el-Assad dont le Mars en Scorpion conjoint à Neptune est transité par Rahu et bientôt par Saturne risque gros.  Dangers et trahisons frappent à sa porte.
Rappelons aussi que le thème très tendu de l’ultimatum des USA à l’Irak en 1991 (étudié ici ) qui contient entre autres configurations difficiles une conjonction Rahu/Saturne.







CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.