jeudi, octobre 23, 2014

Le mariage des dieux


Chaque nouvelle Lune est une hiérogamie, autrement dit un mariage divin. Le Soleil, éclatant symbole du masculin, s’unit à la Lune, figure éblouissante du féminin. Tous les 29,53 jours, immuablement, le Soleil idéaliste et volontaire, lié à la conscience d’être, épouse la mère des rêves, des instincts et des activités mentales. Cet évènement, l’union de nos parents cosmiques, que nous vivons, ressentons, accompagnons depuis nos plus anciennes origines, résonne dans les couches les plus profondes de notre psychisme là où l’activité cérébrale superficielle n’est qu’un lointain écho. 

Cette année, la nouvelle Lune en Scorpion illustre plus qu’à l’habitude cette signification particulière, non seulement parce que vus de la Terre les deux astres sont alignés dans le cadre d’une éclipse partielle, mais surtout parce que Vénus, l’astre de l’union par excellence, est invitée d’honneur à ce mariage. Celui-ci a lieu à 23H57 (Paris HL). Le Soleil qui entre en Scorpion à 13H57, arrive le premier sur les lieux de la cérémonie. Vénus le rejoint à 22H52, juste avant que la mariée, la Lune, ne fasse son entrée à 23H10.

La traversée du Labyrinthe

Si l’amour, le désir et la sensualité imbibent l’atmosphère, le terrain n’est pas vraiment propice car la Lune et Vénus sont mal à l’aise en Scorpion. Les activités mentales sont tourmentées par le manque d’estime de soi, faussant le relationnel et alimentant des craintes diverses. La sensualité est facilement prise au piège des obsessions. C’est que le Scorpion (1), malencontreusement mal vu de par ses liens intimes avec la mort et la sexualité, nécessite une transmutation. La descente aux enfers est ainsi inévitable, l’union peut-être riche et incroyablement féconde, mais pas sans passer d’abord par une vraie purification mentale. Avant de trouver la lumière, il faut traverser le labyrinthe.

Ce labyrinthe n’est pas seulement un ensemble de pistes embrouillées et inextricables où l’on s’égare sans cesse. Il est sombre et menaçant, arpenté qu’il est par quelques monstres qui sont les incarnations de l’ennemi héréditaire de l’humanité, la peur.

L’intelligence et la peur

La peur est liée au Scorpion à cause de notre crainte atavique de la mort.  Pour se rendre au mariage, à cette union intérieure sacrée, il nous faut l’affronter par le biais de Mars et de Pluton dont c’est le rôle majeur. Cela tombe bien pour Mars, placé au sextile des 3 astres et qui plus est en Sagittaire, là où il se transforme volontiers en guerrier mystique : il offre la bravoure et le sens de l’action juste. C’est plus complexe pour Pluton, dont les carrés à Uranus et à Mercure reflètent une atmosphère collective riche en realpolitik, en science sans conscience, en cynisme et en matérialisme, même si celui-ci est spirituel (2). L’intérêt personnel (Mercure/Pluton) est ainsi privilégié, ce qui est une victoire de la peur sur l’intelligence.

L’intelligence, symbolisée par l’excellente configuration opposant Uranus à Mercure, doit illuminer le signe du Scorpion de sa lumière, afin de permettre à Vénus, l’astre de la beauté, de ne pas sombrer dans les obscurités. Vénus souffre ici du manque d’amour, alors que la sexualité est plus que jamais synonyme de domination, de commerce, de manipulation et de frustration, que liberté et permissivité sont confondus dans le but de fuir, de nier, de refuser la mort. L’intelligence doit autant que possible, comprendre et explorer les liens puissants tissés entre la peur et la recherche permanente du plaisir (Vénus négative).

Il n’y a pas de transmutation possible sans cette compréhension, or c’est bien ce qui est recherché. Aujourd’hui, cette nuit, ces jours-ci s’ouvrent des portes mystérieuses qu’il est possible de franchir un instant à condition de savoir écarter la peur, ce qui signifie cesser de l’alimenter.

L’opposition Uranus/Mercure est l’instrument de précision à utiliser dans l’examen minutieux et sagace des préoccupations mentales (le passé, la Lune), des sentiments et des sensations (Vénus), de la fuite de la peur par le biais de la domination et du pouvoir (Pluton).

Le Soleil

Si la Lune en Scorpion définit un mental obsédé par lui-même et que Vénus dans ce même signe pose des problèmes d’estime de soi, si toutes deux intensifient les instincts sensuels et sexuels, si elles accompagnent la fuite de la mort dans la quête des sensations intenses (Pluton), si elles nourrissent la peur et assombrissent l’âme, elles se conjoignent au Soleil, c’est à-dire à cette lumière aveuglante capable d’écarter en un instant les pires obscurités. C’est la signification majeure, sublimée de cette nouvelle Lune vénusienne. La Lune (le mental) et Vénus (le sentiment) brûlent dans le coeur du Soleil (la conscience au-delà de la pensée) et se libèrent ainsi de toutes ténèbres.

Mercure, Uranus et les Nœuds lunaires

On a déjà parlé ici de l’opposition d’Uranus et de Ketu (le nœud lunaire sud) à Mercure et à Rahu le nœud lunaire nord, approximativement du 14/10 au 5/11.

Cette combinaison est d’une extrême richesse, associée à une intelligence subtile qui ne peut que se dédier à la quête de la lumière intérieure. Rahu représente ici de belles opportunités, voire des cadeaux de la destinée, à condition que Ketu soit respecté, lui qui est associé à la sagesse et au détachement. Dans le cadre de cette nouvelle Lune éclipsée, Rahu et Ketu jouent obligatoirement un rôle essentiel, symbolisant comme toujours nos dieux et nos démons intérieurs. Rahu, qui représente l’attachement aux jouissances matérielles, possède la faculté de nous faire passer à coté de ce qui est important et de nous empoisonner par l’anxiété et l’insatisfaction. Ketu, collé à Uranus jusqu’en avril 2015, nourrit de son coté une compulsion libertaire qui n’est propice que dans un cadre spirituel. Le potentiel de cette configuration est énorme, à condition de bien comprendre les règles du jeu cosmique auquel nous sommes conviés à participer.

Peut-être s’agit-il surtout de ne pas de s’identifier à une croyance ou à une religion, ni d’être victime des nombreuses illusions du moi et de ses pensées, mais d’user de ces instruments délicats pour explorer seul, sans maître, sans gourou, sans spécialiste de la psychologie et de la spiritualité, les sentiers qui mènent aux royaumes de l’esprit. Pensons à Siddhartha, le Bouddha, qui selon ses propres paroles ne fut jamais qu’un simple humain et qui s’écria : «… détaché, sans tache, sans entrave, libéré par la destruction du désir, qui appellerais-je mon maître? moi-même j’ai trouvé la voie ! » (3)

Dans cette exploration, Jupiter le protecteur, actuellement étincelant dans la gueule de la constellation du Lion, au trigone d’Uranus (expansion de l’intelligence révolutionnaire) et au sextile de Mercure (enrichissement du savoir et de l’étude) apporte son aide, malgré un Saturne toujours en quadrature en Scorpion. Cet aspect tendu se résout dans l’alliance, plutôt que dans l’opposition de certains des principes que ces deux astres représentent : l’inspiration et la structure, l’expansion de l’esprit et la force mentale, la tolérance et la discipline sans confit.

Neptune

Neptune, chez lui dans les Poissons, transite non seulement au trigone de la nouvelle Lune, mais également au parallèle de déclinaison de Vénus et de la Lune. Maître de l’empathie et emblème du mysticisme qui est l’art de dissoudre le moi dans l’espace et l’amour, il doit jouer son rôle qui est d’abolir toute séparation d’avec la Lune (le mental), Vénus (le sentiment) et le Soleil (la conscience). C’est possible à partir du moment où nous jouons nos cartes correctement.

L’union, la communion, la hiérogamie vénusienne touchant possiblement au sacré sera alors ressentie dans toute sa plénitude. Nous sommes tous conviés au mariage, il nous faut juste écarter les écueils qui bloquent le sentier pour nous y rendre.


(1) Les signes du Zodiaque sont avant tout des espaces géométriques qui n’entretiennent que de lointains rapports symboliques avec les constellations dont ils portent le nom, ce qui ne signifie pas que les étoiles fixes ne soient pas signifiantes pour autant.

(2) Le matérialisme spirituel selon Chögyam Trungpa est l’art d’épaissir le moi par des pratiques, des orientations ou des croyances censées le dissoudre.

(3) Dhammapada



CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.