jeudi, juin 19, 2014

Mars, la paix et la méditation


Comme la violence est depuis des millénaires une constante majeure des relations humaines, il n’est pas toujours facile de juger des implications de Mars dans la vie collective. Très marqué par sa participation à la croix cardinale , son long séjour en Balance qui dure depuis décembre dernier et s’achève dans un mois n’est pas sans effet loin de là, mais nous sommes si habitués à la brutalité des actualités que nous peinons à le démarquer, même s’il se manifeste beaucoup dans notre vie quotidienne.

Déjà très présente la violence atteint une sorte de culmination. Il y a la sanglante offensive jihadiste en Irak par exemple ou la folie meurtrière des « Shebabs » qui investirent Mpeketoni au Kenya dimanche dernier et tirèrent sur la foule, faisant au moins 26 morts sans compter les blessés. Il y a les actuels affrontements en Libye, les civils bombardés à coups de barils d’explosifs en Syrie et l’inflammation ukrainienne toujours très préoccupante : nous avons vu ici combien le thème de Vladimir Poutine est particulièrement soumis à ce transit de Mars. L’attentat de Bruxelles (1) ou l’agression du jeune Rom récemment séquestré et battu à mort illustrent aussi l’astre de la guerre sous ses aspects les plus négatifs ainsi que la répression brutale des protestations au Brésil.

Si l’on désire comprendre et peut-être se guérir des violences physiques, psychologiques et verbales qui émaillent notre relationnel depuis toujours, l’on doit observer la planète rouge au sein même de nos réflexions, de nos opinions et de nos conclusions et cela spécialement lorsque ses aspects sont particulièrement tendus comme en ce moment. La violence et l’agressivité sont installées en nous et c’est pur aveuglement de croire en un avenir meilleur tant que nous restons incapables de maîtriser Mars, ce qui signifie transformer le guerrier intérieur en serviteur, et conquérir nos craintes directement responsables de nos comportements.  

L’inflammation
L’astre de la guerre est toujours en pleine inflammation (2), impliqué tel qu’il est dans le carré Uranus/Pluton : les mots clefs de cet affrontement triangulaire sont peur et pouvoir, domination et destruction, radicalisme et fanatisme, cynisme et intérêt personnel. Sous couvert d’idéaux, d’idéologie ou de religion (Neptune dans les Poissons encourage la vulnérabilité à la propagande), le culte des sensations intenses et de la mort déchaîne les instincts les plus obscurs (Mars/Pluton).

Le carré Uranus/Pluton s’insère dans une période clef de notre histoire, liée aux nouvelles technologies (Uranus), à la toute puissance de la finance (Pluton), à la radicalisation de la pensée (Uranus) et à nos instincts les plus sombres (Pluton). La destruction systématique de la planète, l’enrichissement inimaginable de quelques-uns et la misère sordide de milliards d’autres n’étonnent plus personne.

Le carré en T Mars/Uranus/Pluton manifeste les significations les plus négatives des trois astres. Il met en scène avec une brutalité renouvelée l’extraordinaire violence dans laquelle nous vivons. Tangiblement Mars représente la force physique, c’est à dire les paramilitaires, les mercenaires, les milices, les hommes de main et souvent la police et l’armée, qui permettent à Uranus (l’aristocratie dirigeante) et à Pluton (les puissances financières et les maffias diverses) d’imposer leurs lois. Intérieurement Mars est lié au culte des désirs du moi et à la guerre intérieure qui nous déchire souvent et s’exprime par le biais de la peur, de la haine de soi, de la compétition, du conflit, des rivalités et de l’insatisfaction.

Transformer Mars
Comprendre toute la complexité de Mars est essentiel à l’établissement de la paix. Si l’immense majorité d’entre nous est impuissante face aux déchaînements de la violence, la conquête de Mars commence à notre porte. Nous sommes tous responsables. Des milliards d’humains piégés par l’énergie négative marsienne, réagissant aux provocations par le durcissement, à la peur par le conflit, à l’insulte par la vengeance, à la misère intérieure par l’exercice de la domination et ainsi de suite, perpétuent la violence collective.

Or Mars, qui est énergie à l’état pur, ne s’épanouit réellement que dans la non-violence, mère de l’action juste, qui est son expression positive. La non-violence n’est pas une opinion philosophique, un idéal à atteindre, mais une attitude intérieure. Elle réside dans la maîtrise de Mars et commence dans l’acceptation de soi.

Les aspects, même tendus, désignent les solutions : l’opposition de Mars à Uranus pointe vers la révolution intérieure qui consiste à découvrir la non-violence envers soi-même, condition sine qua non à la non-violence envers les autres. Mars au carré de Pluton de son coté permet de vaincre les craintes profondes, celles qui nous sont personnelles mais aussi les immenses peurs collectives, ataviques, responsables de nos pires choix et aboutissant à la bestialité dont font preuve de soit-disant combattants de Dieu!!!

Il est toujours possible de transformer la vie. Si Mars représente le soudard brutal et barbare, il symbolise également, lorsqu’il est correctement approché dans l’exploration de soi, le serviteur capable de développer le sens chevaleresque au plus haut point, celui qui incarne le héros  : nul besoin d’aller se mêler à des conflits et d’ajouter de la souffrance au monde pour le sauver. L’unique champ de bataille est en nous et c’est là où il faut se battre avec subtilité, justice et non-violence contre les ténèbres intérieures, afin de conquérir le droit à la lumière et à l’amour. C’est ici que la méditation intervient.

La méditation
Mars s’associe aux pensées violentes et brutales, conflictuelles, riches de désirs, de rivalités et de compétitions. Dans le même ordre d’idées Vénus s’associe aux pensées esthétiques, tendres et sensuelles, amoureuses et en quête de plaisir et Saturne est très lié au surmoi cher aux psychanalystes.

La méditation consiste avant tout à observer la pensée, quelles que soient ses orientations, sans la triturer, sans la juger ni la modifier. Ainsi, dans sa relation à Mars, l’idée est que l’observation vigilante et passive de la violence mentale, sans intervention du moi, permet d’éviter que celle-ci se matérialise dans notre relationnel. Inversement tenter de maîtriser les pensées marsiennes, de s’y opposer, ne fait que les durcir, les enflammer et les projeter dans la réalité.

Prise dans ce sens d’observation passive, la méditation dévoile la structure et les mécanismes de la pensée. L’opposition de Mars à Uranus peut être utilisée positivement, rendant l’esprit particulièrement pénétrant. On remarque alors plus facilement comment le moi intervient sans cesse, souvent brutalement, au coeur de son propre esprit. Comment il s’installe en dominateur, interdisant la paix et la sérénité. Ce mouvement qui sépare le penseur de la pensée est l’expression de Mars « celui qui éveille la crainte » (3) à l’origine des conflits et des injustices.

Au niveau le plus profond Mars représente l’action du moi qui ne laisse pas les pensées se poursuivre jusqu’à leur conclusion, mais qui les enchaîne les unes aux autres sans calme ni repos, sans espace entre elles.

Et c’est ici, aux sources mêmes de l’épuisant soliloque mental, que Mars manifeste ses meilleures qualités, démontrant que s’il est problème il est aussi solution car l’art subtil et difficile de la méditation, c’est-à-dire de la non-intervention mentale, nécessite la vigilance attentive du guerrier. Ainsi, à des années lumières de la brute, un Mars vraiment affûté, aiguisé, intégré, offre la merveilleuse faculté de laisser l’activité mentale se dérouler tranquillement, jusqu’à sa mort naturelle.

Un tel processus d’observation permet de réaliser de quelle façon, tranchant sans cesse les pensées, Mars participe intensément à la construction de l’ego, lui offrant l’illusion d’être une entité solide et constituée. De quelle façon il alimente la séparation qui est à l’origine de tous les conflits et comment celle-ci est la racine de la violence qui règne sur le monde, car ne nous y trompons pas, cette terre secouée de misères et de tragédies n’est que le reflet de la pensée collective mondiale.

Lorsqu’on réussit à contempler la pensée  sans la moindre intervention, on s’ouvre à cette compréhension soudaine que le moi, que nous croyons à l’origine de la pensée (ne dit-on pas je/pense) n’existe pas réellement, mais n’est qu’un agrégat constitué d’accumulations de pensées cristallisées.  En résumé, la maîtrise de Mars dans les strates les plus profondes de l’esprit permet à la pensée de mourir (temporairement) de sa mort naturelle, ouvrant ainsi les portes du silence, ce Graal de la méditation.


(1) Le thème de Mehdi Nemmouche (le 17 avril 1985 à Roubaix), principal et unique suspect de l’attentat de Bruxelles (conjonction Lune/Uranus opposée à Mars), souffre d’un Mars opposé à Saturne (propension à la violence, circonstances adverses et frustrations). Lors de son acte irréparable, Mars s’opposait à sa conjonction Mercure/Vénus en Bélier alors que son Soleil progressé était  posé sur son Mars natal.

(2) Les configurations de la croix cardinale sont encore actives d’autant qu’une translation de lumière relaie les différents aspects entre eux.  Notons que :
- Le carré Uranus/Jupiter s’achève le 20 juin
- Le carré Mars/Pluton (destruction et autodestruction, réaction à la peur, haine de soi) se poursuit jusqu’au 3 juillet
- L’opposition Mars/Uranus (radicalisation de la pensée et des actions) jusqu’au 13 juillet
- Le carré Mars/Jupiter (colère, réaction violentes aux  « injustices ») jusqu’au 20 août.


(3) Maître Eckhart

CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.