vendredi, juillet 12, 2013

Bernard Tapie

Bernard Tapie le 26 janvier 1943 à 5h00 am Paris

Bernard Tapie est la star d’un des feuilletons de l’été. Qu’on l’apprécie ou pas, ce personnage ne laisse pas indifférent, ne serait-ce que par ses réussites prodigieuses et ses chutes tout aussi spectaculaires. Son thème éclaire de l’intérieur les rouages et les engrenages de cette destinée particulière et indique comment il est peut-être passé à coté de son destin.

Les férus d’astrologie remarqueront qu’ici le parallèle de déclinaison (P) l’emporte sur le trigone : le Soleil, symbole du père, est au trigone de Saturne, configuration sympathique qui offre normalement une relation harmonieuse et profonde avec celui-ci. Il semble pourtant qu’il n’en ait rien été, Bernard Tapie allant jusqu’à déclarer que son père ne l’a jamais aimé. C’est qu’également actif, le parallèle entre les deux astres évoque l’éloignement, la froideur, une impression d’indifférence de la part du père et un complexe d’abandon, sentiments qui sont vérifiables dans les faits (lire ici)

Malgré cet assombrissement, le Soleil en Verseau (signe féru de politique) est indéniablement puissant puisque renforcé par de nombreuses configurations favorables et avant tout par un impressionnant grand trigone en signes d’air auquel il appartient : l’homme d’affaires sait prévoir et construire à long terme (trigone et P à Saturne) de façon indépendante et originale (trigone à Uranus) et bâtir sa réussite jusqu’à devenir une personnalité très médiatisée (trigone à Neptune culminant). On ne s’étonne pas que le Soleil soit en II (l’argent, les moyens que l’on se donne), en opposition à Pluton, le maître de la finance et des affaires obscures, situé dans la maison VIII, celle de l’argent qui vient des autres, entre autres des banques. La réussite matérielle est nettement favorisée par une Lune maîtresse de la VIII qui appartient elle aussi au grand trigone et qui culmine aux cotés de Neptune (le parfum de scandale d’un argent aux origines nébuleuses qui lui vaut l’admiration et l’envie des masses populaires).

Avec un ascendant Sagittaire qui force à la double nature, cette opposition Soleil/Pluton soutenue par la Lune annonce la couleur: la quête de l’argent et du pouvoir sera toujours parallèle et parfois en conflit avec des aspirations plus profondes (Soleil/Saturne), politiques et réformatrices (Soleil/Uranus), artistiques et idéales (Soleil/Neptune), sociales et préoccupées de justice (Jupiter au parallèle de l’AS). Il semble que pour diverses raisons qui tiennent à Mercure, Mars, la Lune et Neptune, l’orientation plutonienne ait pris le dessus.

Mercure :
Mercure, le maître des choix, a sa part de responsabilité. Bien situé en Verseau il aide à maîtriser les communications : avec 6 astres en signes d’air impossible qu’il en fut autrement d’ailleurs. Mercure est cependant à la fois rétrograde et collé au Soleil, c’est-à-dire combuste. Ébloui par lui-même, le roi-Soleil emploie mal son ministre responsable de la façon de penser, ce qui se traduit par de mauvaises orientations mentales. Les problèmes du moi interfèrent avec l’intelligence pourtant présente : trigone de Mercure à Uranus (forte intuition, pensée pénétrante), à Saturne (réflexion profonde), à la Lune en Vierge (vivacité d’un esprit calculateur, méthodique et doué d’un grand sens pratique) et à Neptune (inspiration et communication empathique quoique populiste). Mercure est en sus au parallèle de Vénus, indiquant le sens de la beauté, une certaine subtilité intellectuelle, des dons artistiques et une grande capacité de séduction. Vénus conjointe à Ketu (le nœud sud de la Lune), explique en partie l’ascension de ce fils d’ouvrier car elle maîtrise le milieu du Ciel, justifiant au passage les différentes tentatives artistiques, plus ou moins réussies, comme chanteur et comédien. On voit que Mercure révèle les nombreux talents d’un homme qui semble posséder de nombreuses cordes à son arc (pilote de course grâce à Uranus au trigone des deux luminaires, homme d’affaires avec Mercure/Pluton, politicien et tribun avec Jupiter parallèle à l’AS, artiste ….). Il est vrai que dans ce contexte Neptune allié à Mercure indique également la capacité de convaincre, de tromper et de mentir brillamment.

Cependant ce qui assombrit vraiment Mercure, astre neutre et malléable qui on ne l’oublie pas est combuste et rétrograde et donc sensiblement handicapé à la naissance, est que de même que le Soleil, il souffre d’une opposition à un Pluton rendu tout puissant par sa position à la pointe du cerf-volant que dessine le thème et qui canalise ainsi une partie majeure de l’énergie du Grand Trigone. Cette opposition de Mercure se traduit par une intelligence captive des émotions et de l’ego. Elle est ainsi dominée par la ruse, l’astuce et le savoir-faire qui expliquent nombre de réussites impressionnantes fruits de l’avidité (Pluton), de l’opportunisme (Mercure), d’un individualisme outrancier, du cynisme (Pluton/Mercure) et d’une véritable dureté en affaires, marquée par une indifférence à l’égard des « petits » (Soleil/Pluton).

Jupiter:
Jupiter, maître de l’AS Sagittaire, un signe rigide et « moral » qui tend à juger les autres et à se juger lui-même est en exaltation dans le Cancer, également en VIII, situation qui pousse normalement à l’altruisme, voire à la philanthropie. Jupiter est de plus au parallèle de l’AS : on veut s’instruire, grandir et faire le bien. Le « roi du ciel » provoque la chance et les opportunités, favorise la capacité d’apprendre et décrit le coté agréable du personnage : généreux, redresseur de tort, large d’esprit, tolérant, naturellement bienveillant. La contradiction entre d’une part cette facette jupitérienne qui lui fit fustiger le racisme du Front national et l’avidité plutonienne d’autre part, qui comme chez tous les affairistes le fit participer à la misère ouvrière, est particulièrement forte. La double nature conflictuelle du Sagittaire est complètement activée puisque le sens de la justice et la bienveillance (Jupiter), une certaine probité naturelle (Saturne) et un besoin de réformer le monde (Uranus) travaillent ensemble, dans une direction Solaire (noblesse et idéalisme) alors que ce même Soleil très lié aux maisons de l’argent, est obscurci par Pluton qui pousse au matérialisme, à l’intensité des sensations à tous prix et aux luttes de pouvoir.

Lune, Neptune et Mars :
Les multiples talents se dissolvent ainsi dans la quête du pouvoir et de l’enrichissement personnel. La conjonction Lune/Neptune culminante règne sur l’ensemble de ces tendances. Ses significations sont riches. On y jettera pêle-mêle la mythomanie dont il fit preuve à de nombreuses reprises (allant jusqu’à s’inventer une enfance imaginaire), les mensonges répétés, l’enfance et les émotions tourmentées, des craintes inexpliquées, une extrême sensibilité, les embrouilles diverses, la malhonnêteté et la propension aux scandales. Cette configuration est aggravée par le carré de Mars, qui durcit sévèrement la personnalité. Son carré à Neptune indique que le monde (Neptune) est perçu comme une menace et qu’il faut s’en défendre par la force (Mars) s’il le faut, tout en recourant à de multiples manipulations et astuces (par le biais de Mercure au trigone de Lune/Neptune). La conjonction Lune/Neptune indique des tourments affectifs, une émotivité intense, une certaine mesure de culpabilité et une grande confusion intérieure. Quand au carré Mars/Lune il évoque une agressivité mentale et physique, reliée à toute cette complexité des émotions et qui va nourrir une philosophie axée sur la compensation, la défense de soi et le combat.

Mars est l’ennemi majeur de Bernard Tapie, non seulement dans ses carrés à Neptune et à la Lune, mais par son quinconce à Uranus et son parallèle à Pluton. La relation à Uranus, qui gouverne le Soleil, pointe vers des désirs exacerbés et une radicalité du caractère responsables d’antipathies singulières d’autant que Mars maitrise la XI (la maison des amis).
La relation de Mars à Pluton est plus grave car elle fait régulièrement basculer la personnalité vers l’instinctif et le mal que l’on se fait à soi-même. Les deux astres dominent la XII associée aux ennemis secrets et à l’emprisonnement. Notons au passage un grave accident (maison XII) qui le fit renoncer aux compétitions automobiles, marque de fabrique Mars/Uranus (la vitesse) sur fond d’autodestruction (Pluton en VIII, la mort, maitre de XII avec Mars).

Mars en maison I, très en relation avec l’image de soi, nourrit la force, le désir et l’agressivité alors que Pluton en VIII alimente le matérialisme et la peur de l’anéantissement. La nature solaire et jupitérienne supporte mal ces orientations à la fois dominatrices et morbides. Quoique cynique (Mercure/Pluton) Bernard Tapie se juge sans doute avec sévérité car on a vu que sa nature Soleil/Saturne nécessite la probité alors que Jupiter réclame que la justice soit respectée, afin de pouvoir se respecter soi-même. Nous avons ainsi un humaniste de nature, bienveillant et généreux à ses heures qui ne pense qu’à ses propres intérêt. On retrouve ici le Mercure handicapé, incapable d’exprimer complètement l’intelligence qui est « l’art de concevoir des rapports entre les choses » et qui force aux mauvais choix. L’ensemble de ces mécanismes expliquent les chutes (Saturne P Soleil), les problèmes judiciaires (Jupiter au demi-carré de Saturne et d’Uranus et au parallèle du descendant, le lieu de l’ennemi déclaré) et le séjour en prison (Mars et Pluton maîtres de la XII). Le tout souligne l’autodestruction

Et maintenant?
On regrette forcément que ce thème si riche n’ait su exprimer le meilleur de lui-même : on pense à une Ferrari égarée sur les chemins boueux des affaires, quand il y avait tant à faire, non seulement pour le monde mais aussi pour lui-même. Bernard Tapie nous fait mesurer l’écart palpable entre une réussite mondaine rendue possible par la ruse et un certain manque de scrupules et la réalisation de soi.

Il n’est pas trop tard pour lui de tenter de comprendre l’obscurcissement de son Soleil par Pluton, ce qui passe d’abord par la réforme de Mercure, c’est-à-dire la compréhension des motivations profondes et des mobiles secrets qui président aux choix et aux orientations. Comprendre comment l’attrait de l’argent et du luxe (sans doute des réactions à l’étroitesse paternelle et aux tourments de la jeunesse) l’orientent vers la matière, c’est-à-dire vers un épaississement du moi qui fait tout sauf favoriser la réalisation de soi. Comprendre pourquoi Uranus, l’astre de la révolution, maître du Soleil, membre du grand trigone et sextile à Pluton, n’a pas été sérieusement exploité, sinon dans de vagues velléités réformatrices. Peut-être est-ce en partie à cause de sa conjonction à Saturne qui éloigne le sens de l’aventure et de l’exploration intérieure au profit de la sécurité matérielle et psychologique.

Jupiter sur la cuspide de la VIII n’est pas lié qu’à l’argent. Il évoque aussi la transmutation. Enrichi par un quinconce à Vénus il domine l’AS, le moi, indiquant une vraie capacité à « guérir » l’affectif, responsable majeur de l’ensemble des tourments et des orientations manquées. Peut-être s’agit-il bêtement d’un homme qui a cherché à se faire aimer de son père afin de s’aimer lui-même ?  Ce manque de compréhension de soi fit qu’avec les multiples talents qui sont les siens, il a perdu son temps à brasser des affaires, quand l’autoroute de la réalisation lui était manifestement ouverte. Pluton quand à lui pouvait être vécu différemment car il mène aussi à la régénération, c’est-dire à la mort et à la renaissance, surtout dans la VIIIe maison. Il n’est pas dénué de lumière et possède l’aptitude de délivrer des tourments du passé. Il est d’ailleurs exalté dans le Lion car s’il assombrit le Soleil, celui-ci peut l’illuminer.

On ne va pas s’inquiéter pour lui. Il est vrai que Saturne, en ce moment au carré de son soleil, de son Mercure et de son Pluton (son axe le plus sombre) lui fait des misères et qu’il risque de perdre de l’argent. Sans doute doit-il traverser une période de troubles dont il a l’habitude, d’autant que Saturne transite la maison XII à partir du printemps 2014, au carré de Vénus maître du MC. Cela sent le retrait et l’isolement. On n’imagine pas non plus le retrouver aux restos du cœur d’autant que Jupiter en Cancer revient sur sa position natale en VIII dès septembre de cette année. Il rétrogradera certes mais retrouvera Pluton dans un an symbolisant des protections occultes. Il est certain que le public est lassé et que personne ne pleure sur son sort trop lié aux gros sous et aux puissants de ce monde : Neptune au carré de son Saturne lui ôte la considération publique pour un bon moment.

Bernard Tapie devrait cependant se méfier de son Mars progressé qui rejoint doucement Vénus et Ketu et qui a la capacité de bouleverser une destinée qui n’en finit pas de rebondir. Cette progression indique, mais on le savait déjà, des ennemis puissants qui feront tout pour l’abattre. Elle indique également une forte ingérence du passé, dans un sens « karmique » sans doute, mais également d’attachement à une image, à une personnalité, qui s’est créée à partir de réactions violentes (Mars), de craintes et d’autodestruction. Elle menace enfin l’intégrité physique. La seule voie offerte passe par la libération de cet attachement, ce qui ne signifie pas que les ennuis disparaîtront d’un coup de baguette magique car les Nœuds lunaires sont les lieux où le libre arbitre est le plus restreint. 



CENTILOQUE


CLIQUEZ SUR LE LIEN
pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.